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Eco-hameau de Busseix

Emission du 18 juin 2011 / Catégories : Agriculture, Energie

Description

Reportage autour de l’eco-hameau du moulin de Busseix.

Invités

  • Christophe Noisette, d’Inf’OGM
  • Alain Dorange, spécialiste du photovoltaïque

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Transcription

Ruth Stégassy : « Terre à terre », le magazine de l’environnement. Visite ce matin d’un éco-hameau bigarré.

Alain Dorange : Donc au départ, j’étais tout seul. Nicole continuait à travailler à Paris, elle m’a rejoint au bout d’une année avec mon fils cadet. Nous avons commencé à chercher par des petites annonces, dans des journaux un peu branchés écolos, donc des associés, et donc on a vu beaucoup de gens, et on a trouvé donc assez rapidement donc des gens qui étaient prêts à s’investir. Et donc c’est comme ça que Benoît et Klaus ont été recrutés.

Ruth Stégassy : Par petites annonces ?

Alain Dorange : Par petites annonces oui, par petites annonces. Et donc assez rapidement, on a réalisé que ça pouvait marcher. Ils sont venus habiter donc avec nous dans la petite maison. Donc là, on a eu une période où on était tous ensemble et ça s’est bien passé. Depuis, le recrutement de nouveaux associés se fait alors là pratiquement par le bouche à oreille. A partir de là donc on a commencé... puisque la vente d’une maison que l’on avait dans la région parisienne nous avait donné un financement qui permettait donc d’envisager des constructions dans le Limousin. Donc on a commencé à construire la maison en paille qui devait être la maison commune autour de laquelle donc se structurait, je dirais la collectivité. Et puis on a commencé à construire les maisons individuelles. On n’a pas eu de difficultés pour obtenir un certificat d’urbanisme. Je pense que là, à la DDE, on est tombé sur quelqu’un de compréhensif. On est tombé aussi sur une municipalité qui nous a aidés.

Ruth Stégassy : On va faire le point, Christophe Noisette, quoi de neuf sur le front des OGM dont vous vous occupez depuis maintenant, une bonne dizaine d’années... 11 ans...

Christophe Noisette : … Quoi de neuf ?

Ruth Stégassy : … eu sein d’inf’OGM ?

Christophe Noisette : Ben il y a toujours cette histoire de moratoire français. Donc là, il y a eu l’avocat général qui dit que la clause de sauvegarde française n’est pas légale, donc ça c’est au niveau de la justice européenne. Puisqu’en fait Monsanto avait attaqué cette clause de sauvegarde en France auprès du Conseil d’Etat. Et le Conseil d’Etat pour juger sur le fond cette question-là, a posé quelques questions préjudicielles à la cour de justice de l’Union Européenne. La cour de justice a considéré que la base légale sur laquelle la clause de sauvegarde avait été prise n’est pas bonne, et donc l’avocat général a conseillé à la cour de conseiller au Conseil d’Etat d’annuler la clause de sauvegarde. Après, ça c’est vraiment de la procédure, c’est vraiment du formel, et ça ne change rien aux arguments scientifiques, et ça ne change rien à l’opposition citoyenne sur cette question-là. C’est-à-dire que si le Conseil d’Etat annulait la clause de sauvegarde parce que ça n’était pas la bonne marche juridique, le gouvernement français, en l’occurrence le ministère de l’agriculture, pourrait prendre la même clause de sauvegarde sur la bonne base juridique. Mais bon... ça fait un petit pataquès...et ça relance le débat, et Monsanto est content... bon. Mais voilà, on est vraiment sur des luttes très très formelles, très procédurielles en ce moment parce que, il y a un blocage. Après au niveau européen toujours, il y a cette fameuse évaluation de l’AESA, l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire. Et donc elle propose une nouvelle façon d’évaluer qui est géniale, enfin il y a plein de choses dedans... sauf qu’il y a une petite ligne qui court-circuite toute ça. C’est-à-dire qu’ils parlent d’impact à long terme, ils parlent d’impact socio-économique... tout ce que les associations ont voulu depuis 10 ans. Mais, il y a une petite phrase qui met « si le maïs transgénique est équivalent en substance au maïs conventionnel, tout ceci n’est pas à faire », et on se retrouve sur la législation américaine. Donc ça veut dire qu’ils ont écouté pour remplir leurs papiers, c’est très bien, c’est génial, mais une petite phrase fait que « l’équivalence en substance » peut passer au niveau européen. Ça c’est vraiment un gros gros problème parce que là il n’y a plus d’évaluation du tout, c’est pas même celle d’avant, c’est qu’on revient au système américain. Donc ça c’était pour le côté un peu évaluation, bon, et après il y a d’autres choses on va dire plus positives. Il y a la Bulgarie qui a rejoint le concert des nations qui ont interdit le maïs MON810, donc il y a l’Autriche, la Hongrie, le Luxembourg, l’Allemagne, la France, la Grèce et la Bulgarie... donc ça commence à faire un petit peu de pays qui se posent des questions sur ce maïs-là. Donc le maïs MON810 il est vraiment très partagé entre les partisans dans l’union européenne et les opposants, au niveau des Etats.

Ruth Stégassy : Ce qui est sûr, Christophe Noisette, c’est qu’en 11 ans vous êtes devenu un expert tous azimut sur ces questions des OGM. Tous azimut parce que vous avez l’expertise juridique, vous avez l’expertise scientifique, vous avez les connaissances génétiques, politiques... enfin c’est assez impressionnant de voir que ce travail que vous menez au sein d’une association, vous a conduit à élargir et à vous intéresser à toutes sortes de domaines, je pourrais rajouter celui du lobbying dans lequel vous commencez à posséder là aussi une véritable expertise...

Christophe Noisette : Oui une expertise collective, et après individuellement on en profite. C’est-à-dire que bon, sur la question de la clause de sauvegarde, ce que je racontais au début de l’interview, j’ai discuté beaucoup avec Pauline qui est la juriste d’inf’OGM, et en une journée de discussion, on a fait l’article ensemble parce qu’elle vient d’arriver donc je l’ai accompagnée, et ben voilà hop ça y est les connaissances ont été acquises dans cette discussion-là. C’est vrai qu’en 11 ans je suis parti... on a monté Inf’OGM au tout début moi j’étais une petite main... c’était les gens du Conseil d’Administration qui faisaient le gros du travail. Moi j’écrivais, et puis je faisais tout valider, tout vérifier. Et bien maintenant c’est moins le cas. C’est pour cela que l’on appelle ça une veille citoyenne, c’est qu’on n’est pas des experts techniques hyper précis sur tous les points, il y a de gens qui sont meilleurs sur chaque point. Mais je pense que le fait de relier ces points ensemble, là on est dans les gens qui le font bien et qui aiment le faire voilà.

Ruth Stégassy : Alors maintenant, si on parle du lieu où cette conversation se tient : on est dans un petit bureau, face à nous la verte campagne, à perte de vue, on est dans le Limousin, dans un éco- hameau dans lequel, Christophe Noisette, vous avez choisi de venir vivre, habiter et travailler. C’est-à-dire que tout ce réseau que vous venez de nous décrire, finalement, aujourd’hui, vous le côtoyez toujours mais de plus loin, en tout cas physiquement ?

Christophe Noisette : Il est vrai que là, à Busseix, dans le éco-hameau qui est dans le Limousin, c’est vrai que concrètement je suis entouré de plus de vaches que de militants anti-OGM. Ça c’est un fait, même s’il y a un réseau anti-OGM, mais il faut se déplacer... donc bon, voiture, train, vélo... il faut se déplacer pour les rencontrer. Mais bon je monte régulièrement à Paris pour des réunions, parce que c’est important, parce que c’est aussi une façon de maintenir le réseau vivant. C’est-à-dire qu’on peut faire les choses par internet, on peut faire les choses par téléphone, mais il faut se rencontrer. Et après, je profite de ma délocalisation dans une forme de sud-ouest, parce qu’on est...bon bref, le Limousin, pour plutôt aller voir les gens du Périgord, les gens d’Angers, les gens de Vendée, les gens de Bordeaux etc... Donc maintenant je commence à avoir aussi un réseau qui a une empreinte géographique un petit peu différente. C’est-à-dire que je me suis relocalisé à tous les niveaux : dans mon travail, et dans ma vie, j’avais besoin d’avoir des racines et le fait de m’impliquer dans un éco-hameau, de construire ma maison, enfin pas tout seul, mais participer à la construction de ma maison en paille, ça participe de mon enracinement dans un projet et dans une zone géographique.

Ruth Stégassy : Une maison en paille.

Christophe Noisette : Une maison en paille, parce que c’est une maison qui a beaucoup de bénéfices, économiques, au niveau de la construction, au niveau de l’écologie, et au niveau du confort. Donc c’est vraiment quelque chose que je recommande à tout le monde. J’ai visité plusieurs maisons en paille avant de me décider pour cette technique-là, mais c’est quelques chose qui est vraiment agréable. Agréable au niveau du confort tout simplement parce que ça règle beaucoup l’humidité dans la pièce, par exemple. Bon après il faut gérer ça avec des enduits, des enduits terre qui absorbent l’humidité, qui la relâchent à d’autres moments... il y a toute cette gestion de l’humidité dans la pièce qui est intéressante. Il y a une atmosphère, ça c’est dur à décrire à la radio, mais il y a vraiment une atmosphère particulière, et on se sent bien, ça chauffe vite, on va mettre un poêle à bois pour faire le complément... mais on va avoir 35 cm de paille, dans le plancher, dans les murs et dans la toiture, donc on est vraiment entouré de paille, et ça fait vraiment 2000-2500 euros quoi, quoi pour les murs et l’isolation... bon après c’est pas le prix de la maison hein, il y a plein de choses qui vont derrière hein... rien que le terrassement, rien que les fondations c’est déjà des sommes qui sont un peu importantes mais... mon défi c’est de dire qu’on peut construire, en se faisant aider, mais globalement en maîtrisant ce que l’on fait, pour pas trop cher une maison de 60 à 70 m2 pour une famille, et que c’est possible de le faire en 1 an pour environ 60 à 70 000 euros.

Ruth Stégassy : Vous vous êtes décidé pour la paille, Christophe Noisette, vous vous êtes décidé aussi pour ce lieu-ci, Busseix. Vous disiez « j’avais besoin de racines », et c’est vrai qu’ici on a un peu l’impression comme d’une famille, c’est-à-dire un peu hétéroclite, avec des gens qui sont à la fois proches mais où personne ne se ressemble vraiment.

Christophe Noisette : Ah c’est sûr que c’était un critère principal pour m’installer dans un lieu collectif, c’était la mixité, l’hétérogénéité. On a quitté Berlin avec Charlotte mon amie, on vivait dans des maisons qui étaient consanguines culturellement. C’était très intéressant, vraiment on a passé 3 ans là-bas, on a appris beaucoup de choses sur la vie en groupe, mais il y avait vraiment une culture jeune, alternative, entre punk et baba-cool, selon les maisons dans lesquelles on a vécu. On sentait vraiment qu’ils étaient très très proches les gens. Y’avait pas de différence d’âge et on s’est dit : « ça fait pas société ». Donc on a dit, bon il faut qu’on cherche, et on s’est promené, on a visité des lieux. Il y avait beaucoup de lieux, si on était pas agriculteurs, bon, c’était pas pour nous. On cherchait aussi un lieu donc mixte, et un lieu où je puisse aussi travailler et donc être connecté sur le réseau ferroviaire rapidement.... ça faisait beaucoup de critères,et Busseix a correspondu à tous ces critères-là. Et la mixité elle est à tous les niveaux ici : elle est au niveau de l’âge, donc ça va de 0 on va dire pour pas dire -1 (rires), on va dire 0 à 71 ans, ça c’est extraordinaire, pour une dizaine de personnes, et au niveau social, au niveau des revenus, au niveau du monde culturel dont les gens sont issus, et ça fait que... on est à l’aise parce que justement on peut rester comme on est sans se regarder trop jugé parce que justement les gens sont différents, donc ils ne vont pas dire « ah ben... », non... on est plus libre en fait dans l’hétérogénéité j’ai l’impression parce qu’on peut être soi-même entièrement parce que les autres sont curieux de son soi, parce que... il est différent,... enfin je sais pas si c’est clair ce que je dis, mais c’est vraiment ça qui est fort. Et à la limite je pense que ça serait peut-être pas mes amis si je les avais rencontrés dans un autre contexte, parce que c’est différent. C’est les gens avec qui je vis, comme la famille c’est pas les amis, c’est un petit peu curieux parce que les gens disent « ah ben c’est tes amis ! », ben non pas complètement, peut-être que ça va le devenir mais les amis c’est aussi autre choses. Et donc c’est ça qui est intéressant, c’est un subtil mélange entre de l’amitié, de la famille, et du projet, et je crois que ce qu’il y a de plus important là-dedans c’est que on s’entraide, on a des projets et une vision globale qui est la même, mais avec plein de ramifications et ça fait un bel arbre à la fin. Et le tronc commun ben c’est ce projet-là et chacun après va vivre sa petite ramification dans... ben pas dans son coin parce qu’on est tous ensemble, mais un ptit peu dans son coin quand même, parce que c’est... pareil ici c’est pas une communauté, c’est un collectif, chacun a son lieu où il peut « poser ses bask » en toute tranquillité, et dès qu’il a envie de voir du monde, c’est facile, on fait 100m et on est dans la maison commune, et on partage des repas, et si un soir on ne veut pas partager un repas c’est pas un problème. Donc c’est souple, c’est souple, c’est ça qui est extraordinaire aussi, c’est cette souplesse du mode de vie. On n’a quasiment pas de règles, enfin si, on pourrait en trouver : genre, il y a un jour de cuisine par semaine, bon ça c’est une règle, pas très contraignante... bon, on partage un petit peu de l’argent, pas beaucoup, on a l’espoir d’en partager plus mais il faut y aller progressivement, si on va trop vite ça va se casser la figure ça c’est très clair, voilà, il n’y a pas de règles, c’est souple, c’est chouette ! (rire)

Ruth Stégassy : Klaus Kieffer, qu’est-ce que c’est que cette revue qui traîne sur votre table : « Déshabillez-moi » ?

Klaus Kieffer : « Déshabillez-moi » c’est notre bulletin semestriel d’une association de tondeurs de moutons, une association sur le plan national français, mais on a aussi des membres par exemple de Belgique ou Suisse, Espagne, voilà. On est 250 membres, il y a à peu près 200 tondeurs dans ces 250 membres. Après il y a aussi quelques membres, ce sont des associations de transformateurs de laine ou des petits ateliers artisanales transformation de laine.

Ruth Stégassy : Tondeur de moutons, c’est une activité parmi d’autres ou c’est un métier ?

Klaus Kieffer : Ça peut être... c’est un métier, certes, puisque c’est quand même la première intervention dans la chaîne de transformation lainière. Quand on a la possibilité de faire des expériences professionnelles dans des pays « vrais producteurs de laine », comme l’Australie, ou la Nouvelle-Zélande ou l’Afrique du Sud, on ressent bien une structure, une organisation de chantier très professionnelle qui dit grand sur le métier de tondeur...

Ruth Stégassy : ...vous dîtes « vrais pays » parce que la France est un faux pays de... (rires)

Klaus Kieffer : (rires) non, non je veux pas dire ça, non. Evidemment, toute race de brebis maintenant, sauf quelques races de brebis qui ne portent pas la fibre laineuse, mais toute autre race de brebis est portée à être tondue une fois par an parce que l’homme a créé une poussée permanente, il n’y a plus de mue comme sur les animaux sauvages ou sur certains animaux qui sont tenus l’hiver dehors où il y a un poil qui pousse pendant l’hiver et qui tombe avec une mue naturelle au printemps. Le mouton, ça ne fait plus ça, c’est créé par l’homme, sélectionné par l’homme pour faire une poussée permanente alors il faut tondre cet animal chaque année parce que c’est important pour son métabolisme, pour sa santé.

Ruth Stégassy : Et c’est là que, au-delà des races de moutons qui sont choisies, il y a aussi tout le savoir-faire du tondeur. Vous nous avez parlé de ce savoir-faire du tri. C’est tellement important qu’il y a une pratique assez curieuse, elle fait un peu surannée en fait : la pratique des concours de tondeurs de moutons qui reste extrêmement vivace.

Klaus Kieffer : Oui bien sûr... il y a un grand tondeur néo-zélandais qui a dit « la tonte, c’est une science sans scientifiques ». Mais la tonte justement à cause des besoins d’une récolte précise pour la transformation, c’est très intéressant, c’est même nécessaire, de récolter les mèches entières, en longueur, et homogènes. Alors du coup, le tondeur il est mené à couper vraiment bien la laine au ras de la peau, et ça évidemment avec le corps d’un animal c’est pas évident du tout. Du coup, il faut apprendre une technique qui permet aussi d’aller assez vite parce que, on ne veut pas perdurer le stress ni pour la brebis, ni pour le tondeur, ni pour l’éleveur sur un chantier. Du coup, ça amène à des rencontres de tondeurs qui se mettent en concurrence un peu. Sur chaque chantier, on se met un peu en concurrence aussi. Mais c’est aussi la fête.

Ruth Stégassy : Vous circulez beaucoup pour pratiquer votre sport ?

Klaus Kieffer : Alors c’est très intéressant quand même de faire des expériences aussi à l’étranger, puisque certains pays sont considérés comme la Mecque de la tonte, voilà alors il faut y passer, c’est essentiel... aussi pour les connaissances justement, pour faire cette expérience d’un pays qui récolte la laine encore comme revenu principal de l’éleveur ovin, voilà en Australie c’est le cas. On ressent, on apprend ce qui est important dans la tonte.

Ruth Stégassy : Là vous avez réduit cette activité ?

Klaus Kieffer : Oui, oui. Depuis une vingtaine d’années, j’ai réduit à peu près... je fais toujours la tonte à peu près à mi-temps sur l’année. La tonte peut être un métier complémentaire aussi, pour un éleveur de moutons, pour un berger qui travaille plutôt en transhumant... c’est très intéressant pour lui de faire ce métier pendant une saison.

Ruth Stégassy : En ce moment vous avez une autre activité qui est plus qu’un complément : vous êtes en train de construire une maison, la vôtre ?

Klaus Kieffer : Oui, bon ça c’est un rêve d’enfant (rires) parce que je suis passé par une formation d’urbaniste après ma formation scolaire. Après je suis parti dans l’élevage et dans la tonte. Du coup maintenant ça me sert quand même à réaliser un projet de maison, de construction neuve d’une maison, dans laquelle je ne fais pas tout moi-même mais une grosse partie. Et puis j’ai participé à d’autres parties comme la charpente, puisque le bois aussi m’intéressait toujours le plus dans la construction. Je pense que c’est de là aussi que vient l’amour pour la laine, c’est une matière naturelle... voilà, le bois, la laine, c’est ça qui m’intéresse, qui me touche le plus, à intervenir

Ruth Stégassy : Et vous avez choisi, pour réaliser ce rêve d’enfant, l’écovillage de Busseix, où vous vous installez. Qu’est-ce qui vous a fait choisir cet endroit, ces gens, c’est le lieu, c’est le projet lui-même ?

Klaus Kieffer : Oui, c’est le lieu d’un côté, bon après évidemment les amis. On est devenu amis, on ne se connaissait pas depuis longtemps. Après le projet évolue, c’était un certain projet au départ, maintenant ça devient un autre projet... peut-être plus coopératif, et c’est intéressant. Ça aussi ça me touche beaucoup parce que déjà pendant mes études d’urbaniste, j’étais aussi en cohabitation et en vie communautaire d’étudiants. Et puis maintenant dans le contexte actuel, économie etc... et société tout court, ce projet d’un écovillage, ça m’appelle beaucoup. A la campagne, c’est moi qui m’occupe de la partie agricole, élevage des terres... c’est un peu dans la continuité de ma vie professionnelle, ou ma vie tout court que j’ai vécue jusqu’alors

Ruth Stégassy : Répétez-moi cette phrase, Alain Dorange ?

Alain Dorange : L’enfer c’est les autres, mais y’a pas mieux (rires)

Ruth Stégassy : C’est pour ça que vous vous retrouvez ici à Busseix, dans cet éco-hameau. Et quand je dis vous vous retrouvez, vous êtes l’initiateur de cet éco-hameau ?

Alain Dorange : Euh... oui, c’est vrai que je suis l’initiateur et qu’il y avait 2 aspects pour la création de cet éco-hameau : il y avait un objectif écologique donc réduire notre empreinte écologique sur l’énergie, sur l’eau, et puis l’autre c’était le vivre ensemble, la solidarité, c’est pas d’ailleurs indépendant de l’objectif écologique, mais c’était pour moi l’aspect le plus important. J’étais moins intéressé par les constructions écologiques que par le vivre ensemble.

Ruth Stégassy : De quelle manière est-ce que c’est lié ?

Alain Dorange : Ben c’est lié par le fait que quand on peut faire appel à des gens qui vivent à proximité pour donner un coup de main, pour n’importe quoi et bien ça permet d’éviter par exemple de recourir à des rapports marchands. Et je veux dire, il y a une économie qui se fait à travers cette solidarité immédiate.

Ruth Stégassy : Alors à quel moment, et comment est-ce que vous avez décidé finalement de mettre en pratique ce que vous êtes en train de nous dire là, Alain Dorange ?

Alain Dorange : Le fait que je faisais partie de la commission donc Energie des Verts et que j’étais amené donc à faire des tournées de conférences, d’échanges un peu à travers la France, pour expliquer ce qu’il faudrait faire, les scénarios de sortie du nucléaire et tout ça... il y a eu un moment où j’ai eu un peu la nausée disons de ce baratin, et je sentais de plus en plus fort le décalage entre ce que je disais et puis ce que je vivais, et donc la nécessité de mettre un peu plus d’accord entre les 2 quoi, voilà. Donc je pense que c’est ça qui a été quand même le moteur déclenchant au départ, et puis la volonté également de ne pas faire ça tout seul mais de faire ça en collectif, dans un collectif.

Ruth Stégassy : Ce collectif il n’existait pas, il fallait le créer.

Alain Dorange : Oui ce collectif n’existait pas. Au départ, on a essayé de constituer un groupe avec des amis de la région parisienne, donc qui a été à l’initiative du projet. Donc on a commencé assez rapidement, après avoir rédigé une charte assez sommaire donc qui rappelait les objectifs essentiels : réduire l’empreinte écologique, vivre collectivement, être ouvert aux autres, enfin des choses assez générales. On a commencé à chercher un lieu, et puis au départ ben on voulait évidement un lieu agréable, donc plutôt vers le sud, et puis le prix de l’immobilier nous a poussés aux fesses progressivement vers le nord pour atterrir dans le Limousin, qui était je pense à l’époque un des endroits de France où l’immobilier était le moins cher. On aurait pu atterrir en Creuse aussi mais on s’est arrêté au Limousin (rires). Dans la genèse de ce projet, on s’est aperçu pas la suite, en recevant des gens qui eux aussi avaient des projets semblables et qui venaient chercher des conseils auprès de nous, que beaucoup de groupes perdaient énormément de temps à vouloir structurer leur projet, en essayant de régler des problèmes qui ne se posaient pas encore, et en essayant d’y trouver des solutions. Donc ils avaient au départ un dynamisme important, une joyeuse excitation autour de « qu’est-ce qu’on va faire ? » et tout ça, de fantasmer l’avenir, et puis en réalité leur dynamisme s’enlisait dans ces discussions, et au moment où il fallait passer à quelque chose de plus concret, trouver un lieu et tout ça, on s’apercevait que là les difficultés surgissaient, complètement inattendues parce que savoir si on préfère la mer, la montagne, la plaine, tout ça, c’est quelques chose qui n’a pas grand chose à voir avec l’idéologie, et que ça suffisait pour faire exploser les groupes...

Ruth Stégassy : C’est-à-dire que plus on tente de maîtriser, et plus on risque de se briser ?

Alain Dorange : D’une certaine façon, vouloir répondre à des questions qui ne se posent pas encore, c’est dangereux. Alors à la fois, il ne faut pas être naïf, c’est vrai qu’il y a des choses auxquelles il faut penser, il y a des problèmes financiers, des problèmes administratifs, des problèmes de structure... mais il ne faut pas aller trop loin. Il ne faut pas aller trop loin et il faut laisser le réel disons investir votre projet, et être prêt à accepter ce réel et à s’y adapter.

Ruth Stégassy : Et dans les faits ça donne quoi ? Si on transpose sur l’histoire de Busseix maintenant ?

Alain Dorange : Ben ça veut dire que maintenant on sait... on pensait au départ qu’il était important de faire un règlement intérieur, par exemple, pour préciser comment on allait régler les choses et tout ça... euh, rapidement la réalité nous a montré que toutes les décisions que l’on avait prises étaient inapplicables ! Et que donc il fallait se laisser porter d’une certaine façon par les événements et s’y adapter et que c’était plus important que de vouloir maîtriser les choses.

Ruth Stégassy : Mais par exemple ?

Alain Dorange : Par exemple pour le financement, comment on fonctionne pour organiser par exemple l’achat de la nourriture, des détails comme ça quoi...

Ruth Stégassy : Ben c’est pas un détail !

Alain Dorange : Oui c’est pas un détail mais, j’veux dire, il faut avoir un niveau de confiance entre les gens suffisant pour que l’on puisse à chaque fois aborder les difficultés avec un réel désir de trouver une solution. Et si cette confiance existe, j’veux dire, il n’y a pas de problème qui n’ait pas de solution.

Ruth Stégassy : Oui parce que ça non plus c’est pas donné d’avance. Vous n’étiez pas tous des compagnons de route ou de vie de 30 ans !

Alain Dorange : Non, d’autant que l’on a voulu avoir une diversité donc générationnelle, et puis une diversité également d’origines... donc on a buté tout de suite sur le fait que ben les vieux avaient de l’argent et les jeunes n’en avaient pas, donc il fallait pouvoir trouver des solutions d’hébergement qui puissent convenir à des jeunes. Donc une solution trouvée a été de construire un studio, alors financé par les vieux évidement, pour pouvoir accueillir en location, ou en sous-location plutôt, des gens plus jeunes, ou de construire des habitats légers, donc une cabane en bois pour permettre ça. Donc à partir de là, les gens qui sont venus, avaient un niveau social avec des revenus qui n’étaient pas du tout les mêmes. Entre moi qui touche une retraite de professeur confortable, et puis Benoît qui travaille à mi-temps avec un demi-Smic, c’est sûr qu’il y a une différence importante, et qu’il faut être attentif dans les relations financières à ce que tout le monde y trouve son compte.

Ruth Stégassy : L’idée n’est pas non plus d’aplanir complètement ces différences...

Alain Dorange : Non, non... moi je pense qu’il faut... rester ce que l’on est... j’vais pas donner ma retraite à... Par contre ce que l’on peut imaginer, c’est que pour la vie sur place, on peut imaginer que l’on ait une contribution proportionnelle disons à nos revenus et qu’il y ait donc une caisse commune à partir de laquelle le fonctionnement de l’éco-hameau se fait. Ceci dit c’est un projet, actuellement ça n’est pas réalisé... voilà, mais c’est une réflexion que l’on a actuellement.

Ruth Stégassy : Vous avez une réflexion aussi sur la propriété. Vous avez dit tout à l’heure « louer, plus exactement sous-louer ».

Alain Dorange : Oui parce que comme on est structuré actuellement en SCI, il se trouve que c’est la SCI qui est propriétaire de tous les bâtiments et de toute la propriété, et que les associés de la SCI ne sont que locataires. Mais ils ont la possibilité également de sous-louer. Actuellement donc on s’aperçoit que c’est une structure qui est très fragile : le départ d’un associé qui aurait fait des investissements importants, disons met en danger, puisqu’il est très difficile de trouver un successeur et les associés restants n’auront pas les moyens de racheter les participations de la personne qui s’en va. Donc c’est actuellement une structure qui est fragile et on est à la recherche là d’une structure mieux adaptée mais je pense qu’elle est à inventer pour l’instant.

Ruth Stégassy : Benoît c’est pas la première fois que vous découpez le cochon ?

Benoît : Non c’est pas la première fois mais, y’a toujours un peu de doute qui est là sur les morceaux et dans la transformation, y’a toujours une part d’incertitude. Ça reste un apprentissage que j’ai fait avec le père d’un bon copain, qui m’a montré un petit peu comment il faisait, les habitudes familiales, et puis maintenant j’essaie de me débrouiller tout seul... et c’est pas toujours facile ! (rire)

Ruth Stégassy : Comment est-ce que vous êtes arrivé ici Benoît ?

Benoît : Ça a été un petit peu le hasard. J’étais depuis 1 à 2 ans en recherche d’un lieu pour lancer une activité professionnelle, avec mes moyens, limités...

Ruth Stégassy : Qu’est-ce que c’était cette activité ?

Benoît : Voilà, je me suis installé en producteur de purin d’ortie, consoude, prèle et fougères. Quand je me suis installé, je savais bien que les purins étaient interdits à la vente... à ce moment-là, il n’y avait pas de législation qui fixait des peines de prison ou d’amende. A priori d’après une juriste, tout ce que je risquais c’est que l’on m’oblige à arrêter mon activité... bon, je me suis dit « ça mange pas de pain, je ferai autre chose si je dois arrêter, si les autorités m’obligent à arrêter ». Et puis cette année-là, la loi d’orientation agricole de 2006 a prévu 75 000 euros d’amende au maximum et 2 ans de prison pour toute personne qui fabrique, possède, donne, vend, utilise un produit non homologué dans l’agriculture. J’ai envie de me poser ici, de m’installer là, d’avoir mon activité professionnelle mais aussi ma vie privée sur cet endroit-là, et les choses se sont lancées comme ça.

Ruth Stégassy : La vie privée, c’est une petite cabane en bois que vous avez bâtie vous-même.

Benoît : Voilà. Compte tenu de mes besoins qui sont limités... - euh, je suis plutôt adepte de la frugalité - ... de mes moyens aussi, et ça m’a donné une expérience de tout faire moi-même de A à Z, et maintenant je suis en mesure de monter quelque chose de plus grand. J’ai aussi effectué des chantiers festifs de construction paille, d’ossature bois... et voilà, je pense être en mesure de monter une maison pour une famille maintenant, suite à cette expérience-là. Et dans ce bâtiment, ce qui m’intéressait, c’est que ce soit entièrement démontable, et qu’il n’y ait aucune trace de présence du bâtiment le jour où il y aura besoin de le démonter, pour une raison ou pour une autre : il n’y a pas de fondations, c’est simplement des pneus posés sur le sol, gratté juste un petit peu du sable, et à partir de là j’ai attaqué mon ossature bois dessus.

Ruth Stégassy : Et votre petite entreprise, elle en est où alors ?

Benoît : Elle en est que depuis j’ai cessé mon activité, pour diverses raisons : à la fois des raisons personnelles, des raisons où ça m’a monopolisé un temps phénoménal et j’étais frustré de ne pas pouvoir me dégager plus de temps pour la vie du groupe ici. Et il y a 1 an, 2 ans, 3 ans, 4 ans qui se sont écoulés et à un moment donné j’ai bien vu qu’il allait falloir une décennie pour que j’arrive à me dégager un peu de temps, éventuellement avoir un associé... arriver à une structure qui permette d’être à temps partiel tout en étant en activité indépendante, et tout seul, ben j’ai pas trouvé la solution d’avoir un temps partiel. Et puis j’avais besoin d’investir dans un bâtiment adapté pour la production, j’ai pas eu le culot d’investir les montants nécessaires dans un contexte juridique... qui est toujours encore actuellement très flou et très compliqué... et voilà....

Ruth Stégassy : Mais donc comment est-ce que vous vivez maintenant ?

Benoît : Maintenant, ben... le hasard encore une fois. Il s’est présenté à moi l’opportunité de passer mon permis transport en commun et d’avoir ce temps partiel, d’emmener les enfants à l’école, donc travailler un petit peu le matin, un petit peu le soir, d’avoir mes journées de libre pour ici. Pour l’instant ça me convient tout à fait. Ça va durer combien de temps, je ne sais pas, jusqu’à la prochaine opportunité que j’aurais envie de saisir.

Ruth Stégassy : Professeur, Président de la Commission Energie des Verts...

Alain Dorange : … pendant quelques années...

Ruth Stégassy : ...aujourd’hui retraité, comment est-ce qu’on occupe son temps dans un éco-hameau du Limousin ?

Alain Dorange : Déjà, j’ai en charge très précisément les jardins, donc à partir du printemps, il y a beaucoup de travail et puis l’hiver il y a l’entretien... donc c’est déjà une occupation qui est presque du plein temps. Et puis par ailleurs je suis gérant de l’éco-hameau donc il y a tout le travail de comptabilité, et comme on est dans la phase de construction, les contacts avec les gens qui oeuvrent sur place, les discussions pour les devis... tout ça, donc c’est... voilà (rires) ça suffit à mon bonheur !

Ruth Stégassy : Vous parlez du jardin, vous parlez des maisons des autres, vous ne parlez pas de la vôtre, Alain Dorange !

Alain Dorange : Ben les maisons qu’on voulait construire, on voulait une ouverture à l’extérieur c’est-à-dire qu’on voulait que quelque part ça puisse être des maisons que l’on montre et dans lesquelles les gens puissent trouver de l’inspiration ou des solutions aux problèmes qu’ils avaient. Donc on a voulu faire des maisons dans lesquelles les gens puissent s’identifier, des maisons qui ressemblent à ce qu’ils connaissent. On a des maisons qui sont, je trouve, un peu grandes (rires), donc on essaie de partager un petit peu quand même ces maisons, d’y accueillir le maximum de gens... Mais c’était important pour nous de pouvoir recevoir beaucoup de gens, à priori pas très branchés écolo et économie d’énergie, et c’est vrai que ça marche, ça marche : les gens viennent, trouvent que c’est beau... et donc ça joue, ça peut leur donner envie de faire pareil ou de s’inspirer disons des solutions qui ont été trouvées. Donc c’était un choix qui a été fait au départ, mais un choix coûteux. Alors il se trouvait que l’on a eu les moyens, en tout cas 2 d’entre nous, avaient les moyens de faire ça, mais je le regrette pas.

Ruth Stégassy : Qu’est-ce que vous faîtes Igor ?

Igor : Je suis en train d’affûter une tronçonneuse, une chaîne de tronçonneuse.

Ruth Stégassy : C’est votre métier ?

Igor : Euh, je suis charpentier ouais. C’est un outil qu’on se sert quoi !

Ruth Stégassy : Comment est-ce que vous êtes arrivé à Busseix ?

Igor : Euh... ça fait 2 ans et demi... j’habitais dans la région nantaise, et j’étais déjà branché sur les projets d’habitat collectif, et j’avais envie de changer de région... du coup j’me suis... je suis parti un petit peu comme ça, ma voiture, mes affaires et puis... je suis parti, j’ai cherché. Je voulais m’installer dans le coin pour apprendre un métier, c’était feuillardier...

Ruth Stégassy : Qu’est-ce que c’est ça ?

Igor : Feuillardier c’est ceux qui font des cercles en châtaignier pour les tonneaux, c’est pour les grands chais et tout ça, on met ça autour des barriques, en plus des cercles métalliques. Donc voilà... et du coup j’ai jamais appris... du coup j’avais vu quelques contacts et j’avais vu un reportage sur le net sur Busseix, et du coup je suis arrivé un jour comme ça par hasard, je me promenais, j’étais pas loin d’ici... j’ai rencontré Alain et Nicole, voilà ça s’est fait comme ça, ils m’ont donné le contact d’une maison où j’étais en location là avant, et du coup je suis arrivé... avec le temps ça s’est fait, je suis venu... j’ai été salarié ici pour bosser et avec le temps, vu que j’étais branché habitat collectif, ça s’est fait naturellement quoi !

Ruth Stégassy : Et cette vie en collectif ?

Igor : Euh cette vie en collectif... ben c’est un apprentissage de tous les jours, même humainement c’est hyper intéressant quoi. Moi c’est ce côté-là qui me passionne, tout le côté humain, tout ce côté relations humaines... tout ce qui peut être de l’interaction entre les personnes, voilà quoi.... les systèmes de communication que l’on a entre nous parce que ça nécessite une certaine communication pour délier... pas vraiment des problèmes mais tout ce qui se passe dans la vie quotidienne... ce qui peut se passer pour les gens qui sont en couple, ils voient bien... et bien sauf que là nous on est 10 à habiter sur le lieu et bientôt beaucoup plus, et en plus avec des familles avec des enfants donc ça nécessite encore d’autres problèmes... et puis il y a toute la gestion à côté quoi, il n’y a pas que l’humain, ça peut être une petite chose qui fait... la goutte d’eau qui fait déborder le vase des fois, donc avant que ça arrive à ça, il faut délier, c’est ça qui me passionne, je trouve ça hyper intéressant. Et puis on s’enrichit entre nous, et puis on apprend à se connaître avec le temps. Moi c’est ce qui me passionne, et puis quand tu as un problème... voilà j’ai eu un accident du travail, je me suis retrouvé je pouvais très peu bouger, j’aurais été dans ma location, je chauffe au bois, je pouvais pas me chauffer, j’avais du mal à me coucher, ben au moins là il y a toujours quelqu’un pour te filer un coup de main, enfin, c’est un peu la deuxième famille quoi !

Ruth Stégassy : Samuel Dorange, Alain et Nicole, les fondateurs du hameau de Busseix sont vos parents. Vous, vous êtes ici en train de travailler à la restauration de la vieille maison. Est-ce que vous avez l’intention, l’envie de vous installer ou bien est-ce que vous êtes de passage ?

Samuel Dorange : Ben moi tout d’abord, ça fait un certain temps que j’habite ici, ça va faire 5 ans. Au début j’étais pas spécialement très attiré par le collectif, et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que ça me correspond bien. Et donc ben ça à priori, c’est quand même déjà un bon point pour pouvoir commencer à réfléchir sur le fait de s’installer ici. Après, moi, concernant mes possibilités d’un point de vue financier, pour pouvoir m’installer ici, elles sont pas encore possibles maintenant. Donc j’habite toujours chez mes parents et j’ai fait une formation pour faire de la couverture dans le bâtiment, pour pouvoir essayer d’avoir une activité régulière professionnelle.

Ruth Stégassy : Qu’est-ce qui vous inquiétait dans le collectif, et qu’est-ce qui finalement vous plaît ?

Samuel Dorange : L’aspect de l’intimité en tant que personne, je pensais que dans un point de vue collectif, c’était forcément qu’il fallait tout mettre en commun et que même l’intimité, même le rapport que tu peux avoir avec toi-même ou avec les autres, et ben il est forcément avec tous ensemble et que tu n’as pas de porte de sortie, que tu ne peux pas respirer 5 mn quand par exemple, bon moi souvent y’a des repas à midi qui se passent... c’est un peu comme ma mère, les hautes conversations, les sujets qui fâchent ou qui réunissent ou tout ça, et bien ils permettent des fois d’avoir des échanges qui sont très intéressants, comme il peut y avoir des tensions qui s’installent dans les rapports entre les gens même si les conversations se passent toujours en général très bien. C’est vrai qu’il y a eu un moment où moi je me disais, ouais les conversations là, le ton il monte trop haut, ça devient trop, bon j’dirais pas oppressant non plus mais ça commençait à être vraiment quelque chose d’assez... avec quelques... ouais quand même pas mal de tensions, et moi je pensais que ça, ça avait vraiment de l’impact sur le quotidien. Et ça en a, mais on fait quand même, dans le principe du projet, on fait gaffe quand même à essayer d’avoir une certaine forme d’intimité, et puis après ouais y’a toujours le partage qui fait que moi ça m’intéresse. En fait, quand je savais pas ma position par rapport au collectif, je me demandais « est-ce que ce partage il va être réel, ou est-ce que c’est juste parce qu’on dit on est en collectif, donc on travaille ensemble, on fait la bouffe ensemble, on mange ensemble, et puis on partage les frais financiers ensemble ? ». Il y a ça, il y a cette part-là, après il y a les relations humaines, il y a le rapport que tu peux avoir avec les autres. Il y a eu tous les projets, les maisons qui ont été construites, toutes les personnes qui sont passées ici avec les portes ouvertes, avec l’AlterVillage d’Attac tout ça. C’est en ça que ouais je pense que c’est quelque chose qui m’intéresse. Bon je ne dis pas que je le vivrais jusqu’à la fin de ma vie quoi, mais c’est quelque chose que j’ai réussi à comprendre que ça me correspondait plus que ce que je pensais avant.

Ruth Stégassy : Cette mixité que vous aviez souhaité, mixité de générations, mixité d’origines, de métiers... à vivre, comment est-ce que... qu’est-ce que ça vous apporte, pas comment ça se passe, mais qu’est-ce que vous y puisez ?

Alain Dorange : Ben on y puise le contact avec des mondes qui sont différents. Disons que j’avais vécu pendant toute ma carrière professionnelle dans un milieu de professeurs. Je travaillais dans des classes préparatoires aux écoles d’ingénieurs donc un milieu très particulier et fermé finalement. Et puis là je suis en contact avec des gens dont certains sont issus du milieu, du monde ouvrier, avec des réflexions, des modes d’approche, des réalités qui sont complètement différents, moins intellectuels, plus pratiques. Donc il y a un enrichissement je pense à travers ça, et c’est essentiellement ça l’important. Et puis le fait d’avoir une diversité également d’âges fait que... la même chose... on a accès à des modes de réflexion qui sont différents : quand ils écoutent de la musique, ben c’est pas la musique que j’écoutais moi, quand ils raisonnent sur l’avenir, ça n’est pas la réflexion que je peux faire moi. Et c’est différent de ce que l’on a avec ses enfants, parce que ses enfants... bon ils ont l’âge de mes enfants, pour beaucoup, mais ce sont des adultes, donc c’est pas... c’est assez curieux comme façon de faire.

Ruth Stégassy : Vous dîtes « curieux » mais avec un sourire !

Alain Dorange : Ah oui, c’est plaisant c’est vrai, c’est plaisant. Mais ça demande quand même la capacité d’accepter, je veux dire, cette différence, et d’une certaine façon de relativiser mon expérience, de ne pas considérer que c’est elle qui a raison. Manifestement ils vivent autre chose et il faut pouvoir aimer cette autre chose.

Ruth Stégassy : C’est d’autant moins facile, Alain Dorange, que l’on est dans une société qui segmente énormément les générations, les classes d’âge.

Alain Dorange : Oui. Ce que l’on dit beaucoup c’est que les jeunes actuellement ne sont plus élevés par leurs pères mais pas leurs pairs, p.a.i.r.s., et que le fonctionnement tribal, disons est une des caractéristiques de ce que l’on trouve actuellement dans notre société oui, parmi les jeunes.

Ruth Stégassy : Charlotte Berthou, quand vous étiez à Paris, vous avez longuement travaillé dans une association ?

Charlotte Berthou : Oui, aux Amis de la Terre, pendant 9 mois, où j’ai travaillé sur la campagne « Banques », on a lancé cette campagne en fait pour un peu faire prendre conscience de l’impact que les banques avaient sur le changement climatique par leur activité et par leur financement. Par la suite j’ai continué dans cette association sur une campagne sur les rénovations dans l’habitat pour qu’ils soient moins gaspilleurs d’énergie.

Ruth Stégassy : Et vous voilà dans le Limousin, dans cet éco-hameau de Busseix, vous allez bientôt avoir un enfant donc pour l’instant vous attendez cet enfant, mais vous êtes aussi devenue boulangère et vous voulez devenir paysanne boulangère.

Charlotte Berthou : Voilà, donc je voulais vivre en milieu rural, et puis on s’est baladé avec mon compagnon un peu partout, et ici on est allé voir de amis, et j’ai eu l’opportunité de remplacer une amie qui était paysanne boulangère elle-même, et qui s’arrêtait pour faire un enfant, aussi. Et donc elle m’a appris le métier, elle m’a appris à faire du pain au levain. Et voilà, donc il y a eu un concours de circonstances qui a fait que j’ai découvert ce hameau aussi, le hameau de Busseix. Et j’ai l’occasion de me lancer, les voisins m’ont prêté des terres pour planter du blé... j’ai eu l’opportunité de partager un fournil avec d’autres boulangers... de me tester en fait. Ça a fait le déclic, j’ai vu que ça correspondait finalement à ce que je recherchais. Bon même si je ne suis pas complètement en cohérence encore avec mes idées, on est toujours en recherche. Mais ici il y avait des gens... on est un collectif, il y a de l’entraide, il y a de l’inter-générationnel, et il y a la possibilité de se tester en fait sur différentes activités, sans être tout de suite obligé de prendre d’énormes responsabilités, d’énormes risques. En étant jeune, pour moi ça a compté en fait. J’avais possibilité d’avoir accès à 3 hectares, j’avais possibilité de construire une maison en paille sans devoir m’endetter pour acheter un terrain... plein de petites chose comme ça qui font que ça correspondait finalement à ce que je recherchais.

Ruth Stégassy : Et le pain ?

Charlotte Berthou : Moi j’aime bien, en faisant le pain en fait... ce que j’aime c’est que déjà c’est une activité qui a du sens, concrètement je nourris des gens. L’autre aspect que j’aime beaucoup c’est le côté artisanal qui fait que c’est chaque fois un petit peu différent et chaque fois identique, on essaye toujours d’améliorer la pratique. C’est simple, c’est très simple, c’est de l’eau, du sel, de la farine, et c’est extrêmement complexe en fait : il faut maîtriser beaucoup de paramètres, la chaleur, l’humidité... la température du four... Donc il y a de quoi passer sa vie en fait à faire du pain, en découvrant toujours des nouveaux aspects, en ayant toujours des choses différentes à apprendre et à améliorer donc finalement je pense que c’est une activité qui me correspond... qui me correspond assez.

Ruth Stégassy : Voilà, vous pouvez télécharger cette émission pendant 2 semaines sur notre site franceculture.com, et puis consulter notre revue de web hebdomadaire. Notre téléphone c’est le 01.56.40.36.72, notre adresse : « Terre à terre » France-Culture, 116 avenue du Président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16. « Terre à terre » qui vous est proposé par Ruth Stégassy. Préparation, documentation : Laurence Jennepin, Anne Gouzon. Réalisation : Olivier Bétard. Bonne semaine à tous

 

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