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La forêt (2)

Emission du 11 septembre 2010 / Catégories : Plante, Biodiversité

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Entretien avec Emmanuelle Grundmann, biologiste et primatologue.

Invités

  • Emmanuelle Grundmann, biologiste et primatologue

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Ruth Stégassy : Terre à terre, le magazine de l’environnement. On continue à parler des forêts ce matin, ces forêts qu’on assassine, avec Emmanuelle Grundmann. Emmanuelle Grundmann, on pourrait commencer par faire un portrait des forêts tropicales. "Ces forêts qu’on assassine" c’était le titre de votre livre, il y a 6 ans déjà. On peut dire que ce livre a gardé toute son actualité. Les forêts ne sont pas encore mortes, on les assassine toujours. Alors c’est vrai, vous pourriez nous raconter dans le détail, par le menu, et vous le faites d’ailleurs très bien, toutes les atteintes que subit la forêt. Peut-être que ce qui serait plus intéressant, ce serait de comprendre comment et pourquoi, ça continue, alors qu’il y a eu cette prise de conscience mondiale, alors qu’il y a eu ces dénonciations cent fois, mille fois répétées, alors que des livres tels que le vôtre ont été publiés, alors que les gouvernements ont pris des engagements, à tous les niveaux.

Alors je vous propose ce matin qu’on fasse une sorte de petit glossaire des différents systèmes qui sont en place dans les forêts aujourd’hui.

Emmanuelle Grundmann : : Oui, il y a énormément de choses à dire sur la forêt, et justement les processus de déforestation. Comme vous le dites, on les a pointés du doigt, on les a identifiés, on a compris les mécanismes ; mais rien ne s’est passé, et tout continue exactement de la même manière qu’avant.

Alors tout a été aussi un petit peu décalé, dans le sens où au départ, tout a vraiment basculé dans les années 1960 on peut dire. En fait, véritablement après-guerre. D’abord parce qu’il y avait un effort de reconstruction qui était très important en Europe : donc on avait besoin de matières premières. Et puis sont arrivées aussi les machines, toute la mécanisation : les tronçonneuses, les bulldozers, tous ces jolis petits engins qui ont permis d’exploiter une forêt beaucoup plus vite, beaucoup plus loin, dans des zones beaucoup plus retranchées. Et du coup, l’exploitation forestière s’est accélérée, et a entraîné ce que l’on peut appeler la déforestation à grande échelle.

Alors au départ, c’était pour la matière première : donc c’était essentiellement pour le bois, pour les bois tropicaux, qui étaient en plus des bois très résistants. Sauf que depuis, avec toutes les sonnettes d’alarme qui ont été tirées, c’est vrai qu’on les a tirées ; malheureusement pour certaines zones comme l’Asie du Sud-Est, probablement un petit peu tard. Dans le sens où par exemple, si on regarde l’Indonésie, 80% de la couverture forestière a disparu depuis les années 1960 ; ce qui est quand même colossal quand on sait que c’était un pays qui était majoritairement recouvert de forêts, qui fait partie du 3ème bloc forestier mondial. Donc on a :
-  l’Amazonie, qui est la forêt tropicale la plus connue,
-  le bassin du Congo,
-  et l’Asie du Sud-Est

Tous les bois tropicaux intéressants, les essences dites "nobles", ont été coupés, même à l’intérieur des parcs nationaux. Et petit à petit, on s’est tourné vers d’autres bois d’abord, moins intéressant financièrement parlant, mais malgré tout intéressants pour la pâte à papier par exemple. Et puis on a aussi déforesté pour installer autre chose : des monocultures de palmiers à huile dans le cas de l’Indonésie, et maintenant sur toute la ceinture tropicale, des pâturages pour les bovins en Amazonie, des monocultures d’arbres à croissance rapide pour la pâte à papier.

Et donc aujourd’hui, la situation est toujours la même finalement : on est toujours en train, même pas de grignoter, mais de dévorer véritablement la forêt. Même si de temps en temps on lit que la déforestation, par exemple en Amazonie, ralentit ; il faut tout relativiser. Elle ralentit peut-être sur certains fronts, mais malgré tout le mal est déjà fait. Et avant qu’une forêt type forêt tropicale se réinstalle, il va s’écouler un certain nombre d’années, parce que c’est un écosystème très complexe, qu’on ne recrée pas comme ça en plantant trois arbres par-ci, par-là.

Et c’est vrai que la situation aujourd’hui, est véritablement dramatique. Et il faut vraiment qu’une prise de conscience se fasse au niveau global. Et ce n’est pas être pessimiste ou être alarmiste : non, c’est une situation qui est réelle, d’autant plus que, évidemment on dit souvent que c’est la perte de la biodiversité en parlant d’espèces emblématiques. Moi je connais un peu l’orang-outan – c’est vrai qu’on parle souvent de l’orang-outan pour la forêt d’Asie du Sud-Est. Et certains disent : oui mais si l’orang-outan disparaît, est-ce que c’est véritablement un drame ? Ethiquement, moi je pense que oui quand même, puisqu’on est responsable de cette disparition, ou on va être responsable de cette disparition. Après, il y a d’autres problèmes, puisque dans ces forêts on trouve énormément de choses : des plantes médicinales notamment, qui peuvent nous amener des nouveaux médicaments pour l’avenir. Mais plein d’autres choses : éventuellement aussi des plantes alimentaires. Et il ne faut pas oublier qu’il y a aussi encore des gens qui vivent dans ces forêts, sur tous les continents. Et ces forêts ont aussi un rôle crucial dans l’équilibre climatique de la planète. Il faut savoir que la déforestation aujourd’hui contribue à hauteur de 25% aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Le poste principal d’émissions de gaz à effet de serre, c’est la déforestation. Et ça, on a l’impression que les politiques, notamment dans notre pays, l’oublient un petit peu, et que c’est un peu passé sous silence.

Ruth Stégassy : Qu’est-ce qui s’est passé après-guerre, Emmanuelle Grundmann : ? Vous dites : il fallait reconstruire, notamment en Europe. Qu’est-ce qui s’est mis en place, qu’est-ce que les gouvernements ont passé comme accord à l’époque ?

Emmanuelle Grundmann : : A Bretton Woods en 1949, juste après la guerre, ça a été vraiment l’événement-clé, puisqu’a été décrétée une séparation en fait, une distinction entre deux types de pays : les pays dits riches sur le modèle occidental, donc clairement sur le modèle américain et sur le modèle européen, et les pays pauvres. Et l’objectif affiché de ces institutions financières internationales créées à ce moment-là, était de réduire la pauvreté. Et en réalité, ça a été un véritable pacte avec le diable qui a été signé entre les différents pays, sans que les pays pauvres s’aperçoivent vraiment dans quel pétrin ils se mettaient.

Et là, ça a été tout un engrenage. Si on prend par exemple l’Indonésie : en fait l’Indonésie a subi une énorme crise financière comme toute l’Asie du Sud-Est, le Japon aussi, à la fin des années 1990. Et ils se sont retrouvés endettés jusqu’au cou. Et donc qu’est-ce qu’on fait quand on est endetté ? On va toquer à la porte du FMI pour leur demander un prêt d’urgence. Alors le FMI, très aidant, a dit : oui, oui, bien sûr, on va forcément vous aider, mais – et c’est le petit "mais" qui compte - et ce petit "mais" s’est traduit sous la forme de conditions particulières : pour que les entreprises étrangères aient des conditions favorables pour exploiter la forêt notamment, exploiter les ressources minières, aient des taxes d’exportation qui soient diminuées.

Tout ça a été un vrai pacte avec le diable. Et ça a été la porte d’entrée des multinationales qui commençaient à se créer dans ces pays dits pauvres. Mais « pauvres » tout est relatif, car certes économiquement ils étaient pauvres, mais ils étaient extrêmement riches en ressources naturelles : en bois, en ressources minières, or, diamant, pétrole, etc. Et c’était les tenir par ces prêts financiers. Et finalement les entraîner dans un processus de dettes, c’était la porte d’entrée pour avoir un accès privilégié à ces ressources et les payer à moindre coût.

Et c’est clairement ce qui s’est passé avec l’Indonésie, mais on peut reproduire le processus avec le Brésil, avec les différents pays d’Afrique Centrale où les ressources pétrolières étaient florissantes – on peut penser au Nigeria par exemple -. Et pour ce premier prêt en Indonésie contracté auprès du FMI, la partie qui était due n’a pas pu être remboursée à temps. Donc le FMI leur a imposé de signer ce qui s’appelle une lettre d’intentions. Et dans cette lettre d’intentions, de nouvelles conditions étaient encore demandées pour favoriser l’exportation des matières premières, et notamment le bois etc, et favoriser les entreprises étrangères.

Avec tous ces contrats financiers entre pays "riches" et pays "pauvres", on avait nous, Occidentaux, un accès privilégié à toutes les ressources naturelles qui nous manquaient finalement chez nous, et dont on avait besoin, d’une part pour reconstruire, mais aussi pour ré-initier une économie, qui comme on l’a vu, est devenue un économie mondialisée avec quelques grosses multinationales qui ont commencé à faire de plus en plus de bénéfices, et avec un objectif affiché de faire le plus de bénéfices possibles. La première victime de ce système, ça a été l’environnement au sens très large. Parce qu’on pourrait dire exactement la même chose sur d’autres écosystèmes comme les océans... c’est exactement le même système qui s’est produit.

 intermède musical -

Ruth Stégassy : Victime l’environnement, Emmanuelle Grundmann. Victimes également, les populations, les peuples des forêts, qui d’un bout à l’autre de la planète, sont tenus pour quantité négligeable. Là encore il y a des nuances, des façons de faire. Dans certains pays, on considère qu’ils sont propriétaires des terres sur lesquelles ils vivent. Dans d’autres pays, on considère que pas du tout. Ça ne change pas grand chose au résultat.

Emmanuelle Grundmann : : Oui, globalement le résultat est un peu toujours le même. Quand on regarde toutes les populations qui vivent encore soit de la forêt, soit dans les forêts, la conclusion c’est qu’aujourd’hui ils ont de plus en plus de mal à vivre, parce que leur moyen de subsistance leur est subtilisé d’une manière ou d’une autre. Alors effectivement, dans certains cas on leur a accordé le droit foncier. C’est relativement rare en vérité. Et c’est peu pour les populations dites autochtones. Ça va être plus pour des populations non autochtones, et qui vivent là depuis un certain temps, et souvent en dehors, en périphérie des forêts.

Pour le cas des populations autochtones, si on prend par exemple le cas des pygmées Baka au Cameroun : le Cameroun a eu une histoire assez particulière avec le droit foncier. En 1974, le gouvernement a initié justement une procédure pour rétrocéder les terres aux gens qui y habitaient depuis un certain temps, qui les exploitaient, etc. Mais la condition pour obtenir un titre foncier, c’était justement d’exploiter la forêt, et surtout de mettre en valeur les terres. Alors quand vous êtes pygmée Baka, ce que vous faites, c’est que vous êtes en forêt et vous laissez le moins de traces possibles quelque part, puisque votre moyen de survie, c’est la forêt. Donc vous l’exploitez, mais de manière minimale, pour que tout puisse se régénérer. Donc votre passage ne se voit pas : vous ne déforestez pas, vous ne faites pas de culture sur brûlis. Donc au sens du gouvernement de cette époque, vous ne valorisiez pas les terres. Donc vous n’y avez pas droit. Et d’un jour à l’autre, ces populations, les pygmées Baka – mais aussi d’autres populations pygmées –, se sont retrouvées sans droit foncier, sans rien. Ils étaient en gros sans domicile fixe, mais au sens littéral. Et ils se sont retrouvés notamment à être dans des zones où des entreprises forestières sont arrivées. Evidemment, les conflits ont commencé. On les a chassés ; on les retrouve en périphérie, dans des zones de bidonvilles ou similaires.

On retrouve exactement la même configuration en Amazonie, là c’est pour l’élevage. On chasse les indiens Guaranis, et on les retrouve à camper dans des taudis au bord de la route, puisqu’on ne veut plus qu’ils aient accès à la forêt, puisque la forêt, on veut la "valoriser", pour installer soit de la culture de soja, soit de l’élevage. Et donc voilà : ils se sont retrouvés totalement spoliés de leurs droits, alors que pour beaucoup habitaient sur ces zones depuis 10 000 ans, voire probablement encore bien plus.

Et ça c’est vrai dans les zones tropicales, mais on peut reporter exactement la même chose dans des zones de forêt tempérées, encore plus boréales. Par exemple, au Canada, j’ai été rencontré récemment les populations Innus au Québec. Et là, on ne peut même pas arguer du fait qu’on est dans un pays dit sous-développé, ou en voie de développement, ou un pays pauvre en tout cas. Non, on est au Canada, province du Québec, dans une province francophone qu’on connaît bien. Et les Innus sont spoliés de la même manière, eux parlent d’usurpation du territoire : tous leur territoire de chasse, de pêche etc, ils n’y ont plus accès ou on essaye de leur en empêcher l’accès. On construit des barrages hydroélectriques, on exploite l’uranium.

Et aujourd’hui, il y a des conflits absolument partout, entre ces populations autochtones, qui vivent de la forêt, et les gouvernements, mais surtout les multinationales, qui ont la mainmise sur ces forêts.

Ruth Stégassy : Qui ont la mainmise, et qui ont, Emmanuelle Grundmann, un papier, une lettre leur concédant un territoire. Et ce qui est une constante dans tous ces exemples que vous nous donnez, c’est qu’on a l’affrontement entre une culture orale et une culture de tradition, de pérennité, et une culture écrite. Une culture écrite qui décrète qu’elle seule est valable : puisque les autres n’ont pas de titre de propriété, ils ne sont pas propriétaires. Tandis que lorsque l’on a un titre de propriété, on a le droit d’exploiter, de faire ce que l’on veut. Et ce qui est curieux, c’est que finalement on reproduit là un système qui était déjà à l’œuvre à l’époque coloniale, ou même à l’époque des grandes découvertes, lorsque les pays d’Europe ont décrété que puisque les indiens d’Amérique n’existaient nulle part, dans aucun papier, ils n’existaient pas.

Emmanuelle Grundmann : : Oui, le parallèle est vraiment frappant. Et justement au Québec, moi c’est quelque chose qui m’a vraiment frappé. C’est terra nullius, avant l’arrivée des Occidentaux. Et dans les livres d’histoire québécois, l’Histoire commence avec l’arrivée de Jacques Cartier. Et avant, il n’y a rien. C’est d’autant plus choquant qu’on est au Canada, et qu’on pourrait se dire que les gens sont cultivés. Ils ont été à l’école : il devrait y avoir une sensibilisation plus importante à ces questions. Les Innus – mais c’est vrai d’autres ethnies - n’existent pas. Leur présence n’est pas validée par le gouvernement. Aujourd’hui, quelques individus des populations autochtones commencent à accéder petit à petit à des postes importants. Mais pour l’instant, ils n’arrivent pas encore à faire valoir leurs droits.

Et au Cameroun, en Afrique centrale où la corruption règne en maître, là aussi un autre problème se superpose à ce système de terra nullius, où avant l’arrivée des colons, il n’existait rien. Le droit oral, la propriété orale, tout ce qui était autour de l’oralité et des possessions n’avait aucune valeur. Aujourd’hui, avec le système de corruption omniprésent dans la plupart de ces pays, de toute manière, quand vous êtes petit, vos droits ont disparu quelque part dans les limbes de je ne sais où, parce que l’argent a valeur de passe partout.

Pour prendre un exemple, sur les concessions forestières justement : quand vous vous voulez exploiter une forêt, vous êtes occidental, voulez aller exploiter le bois ou un minerai quelconque, vous demandez au gouvernement du pays concerné, qui vous concède si c’est possible une concession que vous payez à l’année, sur un certain nombre d’années. Et certains pays ont des restrictions sur le nombre d’années d’une concession de ce type. Prenons par exemple le Gabon¸ les concessions à vie ont été bannies ; ça n’existe plus. Pour éviter justement les problèmes de surexploitation etc, et puis de monopole. Sauf que ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’on a un pays qui a d’énormes besoins de matière premières, qui est la Chine, qui est en pleine explosion, et qui construit des routes, des maisons, etc. Et, où va-t-il puiser la plupart de ses matières premières ? En Afrique centrale. Ils ont essayé de raser la plupart de leurs forêts en Chine, mais ils se sont aperçus que ça commençait à créer de gros problèmes environnementaux, notamment des glissements de terrain. Donc ils ont tout stoppé chez eux, et ils sont allés ailleurs, notamment au Gabon. Et comment est-ce que ça fonctionne ? La plupart du temps, c’est simple : ils arrivent, ils vont rénover l’aéroport, rénover l’hôpital, rénover le palais présidentiel, construire des routes, etc. avec des ouvriers chinois qu’ils font venir pour ces travaux. En l’échange de quoi ils arrivent à obtenir des concessions, et même des concessions à vie dans certains cas. Et il y a eu un cas aussi dans un parc national, où grâce à cet échange de bons procédés, ils ont réussi à faire de la prospection pétrolière à la dynamite, à l’intérieur du parc national. Et voilà, et tout fonctionne exactement comme ça.

Et finalement, même si les lois existent, même si un encadrement existe, de toute manière on sait que toutes ces lois peuvent toujours être contournées avec une petite liasse de billets. Et c’est exactement ce qui est se passe en Afrique centrale, en Asie du Sud-Est, et aussi peut-être dans une moindre mesure ou pas tout à fait de la même manière en Amérique latine. C’est quelque chose qui est aussi moteur de cette déforestation, qu’on constate encore aujourd’hui. C’est certainement la raison qui fait que, quelles que soient les sonnettes d’alarme qu’on tire, de toute manière ça ne s’arrête pas : on peut faire des lois, on peut faire de grandes actions au niveau internationale, de toute façon il y a toujours un moyen d’obtenir ce que l’on veut, quand on est une entreprise, quand on est un gros négociant, par le biais de l’argent. Et on sait qu’en face, évidemment, les gouvernements sont corruptibles.

Ruth Stégassy : C’est ça, vous disiez tout à l’heure, un problème qui se superpose. Mais en fait, c’est un problème qui fait intrinsèquement partie du problème plus vaste et plus global. Et on a le sentiment en effet que présence ou absence de lois, finalement ne rime pas à grand chose, et que de toute façon la véritable loi, c’est celle du profit. Je voudrais quand même qu’on remonte un peu dans le passé, Emmanuelle Grundmann : On a commencé à évoquer tout à l’heure les premières explorations, les premières découvertes, et le colonialisme. Et vous avez un chapitre très frappant, je trouve, sur l’histoire du caoutchouc. Peut-être pourriez-vous le raconter en quelques mots.

Emmanuelle Grundmann : : L’histoire du caoutchouc est vraiment très intéressante, terrible aussi. Le caoutchouc a été le déclencheur d’un véritable génocide. On a découvert à la fin du 19ème siècle la propriété de cette sève en Amazonie. Les indiens l’utilisaient déjà pour fabriquer des balles par exemple, pour fabriquer différents types d’objets. Et avec l’arrivée des colons, ce savoir autour du caoutchouc, a commencé à circuler et à arriver jusqu’en Europe. Sauf qu’on ne savait pas vraiment utiliser le caoutchouc ; il fondait à la chaleur. Utilisé tel quel, ce n’était pas vraiment pas ça.

Et puis, fin du 19ème siècle, un certain Macintosh a découvert tout un procédé qui permettait de transformer ce caoutchouc en une matière qu’on pouvait cette fois-ci utiliser et garder sans qu’il n’y ait d’altération. D’autres découvertes ont suivi, et on a fait la vulcanisation : on fait chauffer le caoutchouc à une température assez élevée, et on obtient un caoutchouc qu’on peut facilement transformer, par exemple en pneu.

Donc on a eu des inventions qui ont véritablement révolutionné aussi notre mode de vie : notamment les pneus pour les bicyclettes, etc. Sauf que, qui dit invention, dit besoin de caoutchouc. Et on a eu de plus en plus besoin de cette matière première. On a été la puiser tout d’abord en Amazonie, puisque c’est là qu’on l’avait découverte. Et on a utilisé la main d’œuvre locale, en l’occurrence les différentes populations indiennes. Mais très vite, on est passé sur un type de travail qui s’apparentait, c’était même pas « s’apparenter », c’était de l’esclavage, avec des choses véritablement atroces qui se sont passées : de vrais massacres, justement pour avoir accès de plus en plus à cette ressource, et évidement en avoir de plus en plus à des coûts de plus en plus faibles. Et on a exporté les hévéas, l’arbre à caoutchouc, vers l’Asie du Sud-est, où on a commencé à les cultiver dans des colonies, notamment des colonies britanniques et hollandaises. Ce processus d’esclavage et de massacres pour exploiter le caoutchouc ne s’est pas du tout arrêté à l’Amazonie. Ce qui s’est passé à la fin du 19ème siècle, début 20ème siècle, a été passé relativement sous silence, mais ce sont des millions d’Amérindiens qui ont été tués pour avoir accès aux forêts, au caoutchouc, à la matière première, donc à l’exploiter.

Ruth Stégassy : Tués, torturés, battus à mort, obligés de travailler, parqués, les femmes tenues dans des sortes de réserves, pour contraindre les hommes à travailler davantage, les enfants contraints de travailler, les mains droites coupées pour prouver...

Emmanuelle Grundmann : : Oui, les mains droites c’était notamment en Afrique centrale et au Congo belge. Parce que ce qui s’est passé, et je pense que les atrocités au Congo belge étaient peut-être pas supérieurs mais au moins équivalentes à ce qui s’est passé en Amazonie. Leopold II avait son grand jardin : le grand Congo belge devenu Zaïre, puis République Démocratique du Congo. Il y avait une liane, appelée liane Landolfia, qui produit une résine similaire, une sève similaire qui forme aussi du caoutchouc. Et pour augmenter les taux de rentabilité, on a reproduit exactement le même système, avec de l’esclavage : on parquait les femmes, et on les détenait en prison, pour obliger les hommes à travailler. Et on les obligeait à travailler de plus en plus, sous contrainte de voir leur femme tuée sous leurs yeux. Et quand les quotas n’étaient pas remplis, on tuait ceux qui ne remplissaient pas les quotas demandés. Et comme il fallait justifier chaque cartouche qui était utilisée, souvent on mettait deux personnes dos à dos, on tirait une seule balle. Et il fallait couper les mains droites, pour justifier chaque cartouche utilisée par les contremaîtres, qui étaient blancs. Et on a eu énormément de morts. Le Congo belge a perdu, je crois, 1/10ème de sa population, si je ne me trompe pas, à cette période, d’une part pour de mauvaises conditions sanitaires, et d’autre part par les massacres perpétués sous l’exploitation du caoutchouc.

Et c’est une exploitation qui a continué notamment en Amazonie, et des pratiques qui ont continué encore assez récemment, puisque j’ai rencontré au Pérou une indienne Aguarunas, qui devait avoir une soixantaine d’années, dont la cousine, je crois, s’était échappée d’une plantation de caoutchouc où se pratiquait cet esclavage. Donc c’est quelque chose qui est encore relativement frais dans les mémoires. Ce sont des pratiques, qui ont continué aussi, tous ces massacres qui ont continué aussi pour avoir accès à la terre ; et continuent encore aujourd’hui. Les assassinats en Amazonie sont monnaie courante. Là ce n’est plus pour le caoutchouc, mais pour avoir accès à la terre pour faire de grandes exploitations de soja et des exploitations bovines.

Et régulièrement, on a des leaders indiens qui parlent un peu trop fort, qui se font assassiner ; ou bien des gens qui les aident, je pense à une religieuse s’est fait assassiner en 2005. Je pense à Chico Mendes, qui lui est mort à la fin des années 1980. C’était un ceringueros, c’est-à-dire un exploitant de caoutchouc. Au début il a commencé en défendant les droits des ceringueros. Et petit à petit, il s’est aperçu que défendre les droits, c’était aussi défendre la forêt. Et défendre la forêt, c’était défendre un peu l’avenir de tout le monde sur la planète. Sauf qu’il commençait à être vraiment écouté, à être entendu, et voilà il a été assassiné pour une poignée de dollars, puisque ceux qui ont été mandatés pour le tuer, ont gagné, je crois, 50 $ à tous les deux. La vie ne vaut pas très cher dans ces coins-là.

 intermède musical -

Ruth Stégassy : Si je vous ai demandé de parler de ces pratiques, Emmanuelle Grundmann, c’est aussi parce qu’en vérité, elles n’ont jamais cessé.

Emmanuelle Grundmann : : Oui, c’est vrai que l’esclavage, certes n’existe plus sous cette forme aussi barbare avec ces massacres. Mais quelque part, un nouvel esclavage de type dit moderne s’est installé, avec évidemment un droit du travail bafoué. Dans l’exploitation forestière, dans les plantations de palmiers à huile, dans tout autre type de culture ou d’exploitation sur ces zones de forêt tropicale, on retrouve ce qu’on peut appeler l’esclavage moderne. Alors ce n’est pas quelque chose qui a été inventé par des ONG occidentales. Non : les gens sur place, qui travaillent dans ces endroits, se qualifient eux-mêmes d’esclaves des temps modernes, par rapport à leurs conditions de travail.

Quand on va dans certaines plantations de palmiers à huile, en Indonésie par exemple, ou même au Cameroun, des plantations qui peuvent appartenir à des industriels français – comme la Socapalm par exemple qui est détenue majoritairement par le groupe Bolloré -, on peut constater plein de choses sur place : les gens ne portent pas de casque, ne portent pas de chaussures de sécurité. Quand on regarde comment on doit procéder pour récolter les régimes de noix de palme, ça peut être dangereux. Evidemment, ils travaillent un nombre d’heures qui est au-delà du nombre d’heures autorisé. Dans ces pays, le droit du travail est quand même régulièrement bafoué. En Indonésie, ou par exemple j’ai pu constaté cela aussi au Pérou, dans des exploitations forestières ou de palmiers à huile. Souvent ils sont très peu payés, voire pas payés du tout, ou payés en nature c’est-à-dire avec un morceau de savon, un tee-shirt, un sac de riz. Ce qui permet finalement de les garder sur place. Et ils n’ont pas d’autre choix, puisqu’ils ne peuvent même pas sortir de l’exploitation. Alors certains disent : oui mais on leur offre le logement, etc. Oui le logement, mais si on va vraiment sur place, et qu’on constate dans quel type de logement on les parque ; c’est insalubre, et certainement pas des conditions décentes pour des humains.

Et on a véritablement, ce qu’on appelle aujourd’hui l’esclavage moderne, qu’on retrouve aussi par exemple : je me souviens il y avait eu une très longue enquête sur Firestone, au Liberia – si je ne me trompe pas - où il était aussi question de cet esclavage. Finalement, les pratiques n’ont pas changé ; ça s’est juste légèrement décalé. Et aujourd’hui, ça permet aussi à la multinationale de faire du profit à moindres coûts, puisqu’on paye très peu les gens qu’on fait travailler. Evidemment, si on reprend la forêt et le bois, aujourd’hui, un des problèmes majeurs par rapport à l’offre que l’on peut avoir en France ; c’est bien de dire : oui mais on pourrait utiliser du bois français. En plus, plusieurs tempêtes étant passées par là, on a énormément de grumes qui sont disponibles. Mais la main-d’œuvre coûte trop cher. Et donc pour les exploitants, la marge n’est pas suffisante. Et donc, c’est plus rentable d’aller chercher du bois à l’autre bout de la planète, de le faire transporter jusqu’en France parce que la marge est beaucoup plus importante que si on le fait exploiter en France.

C’est le point presque central de la question de la déforestation, c’est qu’on peut voter des lois disant que l’on va privilégier le bois local, etc, faire attention à ne pas importer du bois illégal. On a l’impression que le gouvernement veut faire quelque chose, sauf que l’offre ne suit pas non plus, parce qu’il y a une question de rentabilité. Et finalement, on se retrouve parfois à ne pas avoir le choix, et de devoir acheter du bois d’origine tropicale parce que le bois français n’est pas disponible parce qu’il n’est pas assez rentable.

Et moi j’ai pu le constater avec les petits menuisiers locaux, dans la campagne où j’habite. Ils vous proposent du bois bi ou je ne sais quelle autre essence qui vient de l’autre bout de la planète, et c’est moins cher que du chêne. Et là on se dit, on marche sur la tête. Mais c’est exactement ce qui se passe.

Ruth Stégassy : Vous parlez des efforts qui ont été entrepris par les gouvernements, et on y reviendra, parce que j’aimerais qu’on termine là-dessus, Emmanuelle Grundmann. Avant ça, je voudrais qu’on reste sur cette frontière tellement floue, tellement épineuse, qui ne sépare pas la légalité de l’illégalité – on l’a compris à plusieurs reprises pendant cet entretien -. Mais il y a aussi tout ce qu’on n’a pas encore évoqué, tous ces trafics, tous ces réseaux qui se sont mis en place et qui sont extraordinairement bien organisés, bien structurés, internationaux eux aussi. Là je ne parle pas des multinationales, mais je parle des réseaux de trafics illégaux, de contrebande, qui sont organisés et qui très souvent sont partie liée aussi avec les guerres civile. Et là encore on est dans un flou absolument terrifiant.

Emmanuelle Grundmann : : Oui, un gros problème, c’est effectivement le bois illégal. Alors le bois illégal, ça veut dire plein de choses à la fois. Le bois peut être illégal parce que le diamètre va être en deçà du diamètre légal. Ça peut vouloir dire aussi que le bois est exploité dans un parc national. Donc il y a plein de différents critères, qui amènent à la même conclusion : le bois n’est pas exploité de manière légale, et ne suit pas les différentes règles qui ont été imposées.

Et depuis le début de cette déforestation à très grande échelle, une des choses qui a fait accélérer aussi cette déforestation, c’est les guerres. D’une manière directe et indirecte.

De manière indirecte : par exemple la guerre du Vietnam, avec l’utilisation des défoliants, qui ont encore un impact aujourd’hui, avec la pollution et la destruction de la forêt. Donc ça, c’est un impact on va dire indirect, mais malgré tout dramatique. L’impact direct, c’est qu’on connaît la valeur de ces bois, qui sont parfois très importantes ; comme le tek, le tek sauvage. Et on va utiliser cette valeur pour financer ces guérillas, ces guerres, etc. Alors il y a plusieurs exemples, mais on parler du cas de la Birmanie, le Myanmar, où sur ce territoire, on a encore les derniers teks sauvages. Ce sont des arbres magnifiques. On connaît la valeur du tek aujourd’hui. Alors certes, il y a du tek que l’on voit à toutes les sauces, notamment quand l’été arrive, avec les meubles de jardin à bas prix. Mais il s’agit de tek de plantation, qui est coupé avant maturité. Et au bout de deux ans, votre table de jardin est fichue, parce que le tek n’a pas acquis ses propriétés. Le tek sauvage, lui, est beaucoup plus cher, parce qu’en général, il ne vient que d’un endroit : la Birmanie. On entre là dans le réseau du trafic international. Le commerce international des espèces dites menacées est régi par la convention de Washington, la CITES. Une essence d’Asie du Sud-Est, le ramin, est très réglementée par cette convention. Sauf que vous avez tous les moyens possibles avec la corruption pour contourner cette réglementation : en sortant des ports indonésiens, vous avez le label qui va bien, et votre bois ne s’appelle plus du ramin, et il est tout à fait légal. Et l’exploitation du tek servait, et sert encore, à apporter des devises à la junte militaire au pouvoir en Birmanie.

Autre exemple, la guerre entre le Liberia et la Sierra Leone : entre diamants et bois tropicaux, on a vendu ces ressources pour obtenir des devises. Ce qui est très intéressant, c’est qu’au niveau mondial, on savait que c’était ce que l’on appelait soit des diamants, soit du bois de conflit. C’est-à-dire que la vente servait à acheter des armes, et à entretenir cette guerre meurtrière. En ce qui concerne le bois – pour les diamants, c’était similaire, mais là c’est le bois qui nous intéresse -, au niveau national on a dit : on arrête d’acheter du bois de conflit qui provient de cette zone-là. Deux pays ont refusé de signer cette demande de moratoire en quelque sorte : la Chine – pas trop étonnant -, mais la France aussi. Et qu’est-ce qu’on retrouve par exemple dans la Grande Bibliothèque construite à Paris ? Une partie de la forêt libérienne, avec différentes essences qui datent de cette époque, et qui ont servi à financer la guerre. On retrouve aussi du bois tropical dans des constructions récentes, comme les gares TGV d’Aix ou d’Avignon.

Et donc, on a un lien direct entre la guerre et le financement de ces guerres, et l’exploitation des ressources naturelles. Ce n’est pas nouveau, et ça continue aujourd’hui. C’est aussi lié à la déforestation. A l’est de la République Démocratique du Congo, d’autres ressources sont utilisées pour financer les différentes factions armées qui se déchirent dans cette région. Alors ça peut être le coltan, qui est utilisé dans les téléphones portables et les consoles de jeux. Ça peut être aussi les animaux, morts ou vivants : l’ivoire d’éléphants, mais aussi les grands singes – souvent plus morts que vivants -, tout ce qu’on appelle la viande de brousse, qui est exportée jusqu’en Europe. Tout cet argent va servir aussi à financer et parfois à attiser les conflits. Parce que plus on a d’armes, plus forcément c’est l’escalade d’un côté comme de l’autre.

Donc cette déforestation, ce n’est pas quelque chose d’anodin. Cela touche aussi à la vie de nombreuses personnes, notamment par le biais de ces guerres meurtrières.

 intermède musical - Ruth Stégassy : Pillage des grumes, pillage des animaux, pillage des ressources, du sol et du sous-sol. Pillage de la flore, de la faune, expulsion ou racket des populations. Emmanuelle Grundmann, on aurait pu s’arrêter là ; mais il y a encore un dernier petit chapitre : on va même jusqu’à piller les savoirs.

Emmanuelle Grundmann : : C’est vrai que le constat est très noir ! Mais il y a encore une étape supplémentaire, où les grandes entreprises, et notamment les entreprises pharmaceutiques mais pas seulement, se sont aperçues que finalement, ces populations qui vivent encore dans les forêts, ou des produits de la forêt, elles avaient quand même un intérêt, parce qu’elles détenaient des savoirs ancestraux sur l’utilisation de certaines plantes, ou même de certains animaux. Et évidemment, là il y avait encore du profit à se faire. Et il s’est passé quelque chose qui n’aurait jamais dû se passer : on a commencé à breveter le vivant. Normalement, le dépôt d’un brevet ne prévoit pas de breveter des produits vivants, quels qu’ils soient. Sauf que si ! : finalement, on a réussi à contourner ces restrictions.

Ruth Stégassy : Il y a même la date de naissance de cette nouveauté.

Emmanuelle Grundmann : : La loi américaine déposée en 1951 prévoit que seuls peuvent être brevetés un procédé industriel, une machine, etc. Et coup de tonnerre dans ce monde des brevets : en 1986, un Américain dépose un brevet sur une plante, l’ayahuasca, la plante utilisée par les chamans en Amazonie, notamment en Equateur. Qu’est-ce que cela implique ? Du coup, toute la commercialisation autour de l’ayahuasca crée un énorme marché, avec Vague New Age, etc. Et pour tous les produits commercialisés à base d’ayahuasca, une partie va être reversée en termes de royalties, de droits d’auteurs, à cet Américain qui en a déposé le brevet. Et les indiens qui l’utilisent depuis des siècles, voire des millénaires, se trouvent totalement dépossédés de leur savoir. Et ce phénomène, que l’on appelle la biopiraterie, se retrouve absolument partout. En Inde avec différentes plantes comme le margousier, qu’on appelle le neem ; chez les Bushmens, où une de leurs plantes a été brevetée : le hoodia, qu’ils utilisent comme coupe-faim, pour faire des produits de régimes pour nos pays occidentaux.

Aujourd’hui, des personnes commencent quand même à se mobiliser pour essayer de contrer cette vague de biopiraterie et de brevetage du vivant, des savoirs locaux. Et quelques procès ont été gagnés par les différentes populations qui détenaient ce savoir. Notamment en Inde, il y a maintenant une organisation très importante autour de la protection de ces savoirs, heureusement !

Ruth Stégassy : Oui mais je ne vais pas vous laisser terminer sur une note optimiste, Emmanuelle Grundmann. Ça ne me ressemble pas, mais en l’occurrence je trouve que là c’est important d’enfoncer le clou. Dans le même temps, l’OMC a également participé à l’institutionnalisation de ces formes de brevetage, en imposant ; alors là c’est sidérant : allez, racontez !

Emmanuelle Grundmann : : L’OMC a institutionnalisé ce brevetage du vivant, en créant ce que l’on appelle les UPOV : l’Union Internationale pour la Protection des Obtentions Végétales. Et surtout ils ont été convaincre les pays riches en biodiversité – donc les pays on va dire pauvres économiquement – que c’était le système qu’il fallait utiliser, pour justement protéger leurs savoirs, etc. Et on retombe exactement sur le même système que les institutions financières internationales, et les prêts instaurés avec le FMI et la Banque mondiale. C’est un piège qui se referme sur les pays et sur les savoirs, qui vont petit à petit être détenus par des entreprises. Et tout ça, sous couvert de l’OMC, ce qui est quand même totalement incroyable et scandaleux, puisque normalement, ces organisations mondiales devraient être là pour servir les intérêts de tout un chacun. Mais on s’aperçoit aujourd’hui que OMC d’un côté, IFI de l’autre, toutes ces institutions financières sont là simplement pour servir les intérêts d’une minorité, et en particulier des multinationales.

Ces systèmes de l’UPOV ont ouvert la voie aussi à tout ce qui est OGM. Parce que pour breveter le vivant, il y avait toujours cette petite ambiguïté sur le fait qu’il fallait que ce soit un procédé industriel. Voilà, c’était l’ouverture idéale : on insère un petit gène à l’intérieur d’une plante, et on peut détenir tel haricot, telle courgette, tel arbre, qui du coup deviennent une espère de chimère créée par un individu ou une entreprise. Et cette entreprise peut avoir la mainmise sur cette ressource, qui auparavant était une ressource disponible pour tous.

Ruth Stégassy : « Ces forêts qu’on assassine » Emmanuelle Grundmann, c’est donc aux Editions Calmann Lévy. Terre à terre c’est terminé pour ce matin.

 

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