Présentation de l'émission

Afin de pouvoir écouter les émissions en lignes, vous devez télécharger Flash

Le papier et son recyclage

Emission du 13 octobre 2007 / Catégories : Plante, Pollution

Description

Avec notamment : François Chartier, responsable de la campagne forêt à Greenpeace France et Henry Sauvagnat , pour le FSC, un label pour le bois.

Invités

  • François Chartier, responsable de la campagne forêt à Greenpeace France
  • Henry Sauvagnat, pour le FSC

Liens

  • La campagne forêt de Greenpeace
  • Le FSC (Forest Stewardship Council), le label du bois est une association d’utilité publique internationale qui s’engage pour une exploitation durable des forêts.

Détails

officiel | téléchargement | transcription | commentaires | débat

 

Téléchargement

Audio

Téléchargez ou écoutez avec votre lecteur audio l'émission au format OGG ou MP3 :

Téléchargement en OGG
Ecoute en OGG
Téléchargement en MP3
Ecoute en MP3

Texte

Téléchargez la transcription aux formats PDF, ODT ou DOC :

Téléchargement en PDF
Téléchargement en ODT
Téléchargement en DOC
 

Transcription

Ruth Stégassy : François Chartier, parmi les innombrables agresseurs contre la forêt, on a le sentiment que le papier essaye de se faire une virginité. En tout cas en France. J’en veux pour preuve les campagnes publicitaires qui reviennent régulièrement. La dernière en date annonce qu’un pack en carton recyclé économise ½ litre d’eau, et que le papier et le carton sont parmi les déchets les plus recyclés en France. Il y avait eu cette autre campagne proclamée par la Cofacel, qui proclamait que le papier français provenait de fibres recyclées et/ou de l’entretien des forêts françaises, qui d’ailleurs s’accroissent.

Alors c’est vrai qu’on a le sentiment que ça a l’air d’aller bien, d’autant que le papier ne provient pas des forêts tropicales, qui sont en général sous le feu de l’actualité.

François Chartier : Pour en revenir à la communication qu’a menée la Cofacel, elle parlait d’un papier produit en France. En partant d’un constat que nous partageons, c’est-à-dire que les forêts françaises sont gérées correctement. En revanche, et c’est là où la communication est un peu biaisée, elle fait abstraction que 50% du papier consommé en France est importé, et en particulier des zones de forêts primaires. On part du constat que 20% du papier consommé en France vient de ces zones de forêts primaires. Traditionnellement, c’est avant tout les zones de forêts boréales : les forêts canadiennes, que ce soit la Colombie britannique, tempérée et humide, ou la forêt boréale du Québec ; les forêts de Scandinavie ou les forêts de Russie. Mais depuis peu – et c’est une évolution qui prend de l’ampleur – il y a de plus en plus de papier qui provient d’Asie du Sud-Est, et en particulier de l’Indonésie. Donc il y a des forêts tropicales maintenant ; et là c’est clairement de la déforestation de forêt tropicale. Une autre tendance actuellement, c’est l’importation de pâte à papier faite à partir de l’eucalyptus, qui vient cette fois essentiellement d’Amérique latine, que ce soit du sud du Brésil ou nu nord de l’Argentine. Et là ça pose des problèmes d’agriculture intensive, qui sont un peu différents des problématiques de la forêt primaire, mais qui ont des impacts environnementaux très lourds également.

Ruth Stégassy : Alors on va sérier les questions, parce que dans votre réponse, il y a déjà plusieurs éléments qui appellent précision. Vous dites que principalement, le papier vient des forêts boréales. Est-ce que c’est moins embêtant ? Est-ce qu’elles sont mieux gérées ? Est-ce qu’il y a moins de risques de déforestation ?

François Chartier : Non. Alors c’est vrai que dans l’esprit des gens, quand on parle de forêts primaires, on pense aux forêts de l’Amazonie ; et par extension on pense aux forêts tropicales, à l’Afrique, à l’Indonésie, avec les grandes espèces iconiques, les grands singes, etc, qui y vivent, et qui sont menacées. Mais ce qu’on oublie effectivement, c’est que les forêts primaires, c’est aussi les forêts du Nord. En surface d’ailleurs ce sont les plus grandes. Les forêts du Canada et celles de Russie sont immenses. Et que, même si les pays du Nord, en particulier les pays scandinaves et le Canada, ont une réputation plutôt écolo, c’est une pratique que l’on appelle la coupe à blanc : on va couper entièrement Ils vont couper entièrement un espaces pour produire de la pâte à papier. C’est très fréquemment le cas en Colombie britannique par exemple. Et dans les pays scandinaves – au cœur de l’Union Européenne, les forêts primaires restantes sont très petites. Cela représente quelques forêts primaires au nord de la Laponie finlandaise. Mais elles sont constamment menacées par la montée de l’exploitation forestière à destination de l’industrie papetière. Et là, ça cause des problèmes sociaux très graves, en particulier avec les populations lapones, dont le mode de vie est tributaire de l’existence de ces forêts.

Ruth Stégassy : On avait reçu à Terre à Terre il y a quelques années l’artiste canadien Richard Desjardins, qui a fait un film justement sur les coupes à blanc en Colombie britannique, et qui montrait comment les forestiers s’arrangeaient pour laisser une bande de forêt de parte et d’autre de la route qui traverse la forêt. Si bien que quand on passe en voiture, on ne s’aperçoit de rien. Mais au-delà de cette bande, de 50 à 100 m de large, il n’y avait plus rien. Est-ce que c’est le cas en Finlande également ?

François Chartier : En Finlande, on pratique moins la coupe à blanc. C’est une forêt qui est beaucoup moins dense. Pour imaginer ce qu’est la forêt en Colombie britannique, il faut penser davantage aux forêts tropicales. Ca ressemble plus à une jungle tropicale qu’à une forêt tempérée française. C’est une forêt extrêmement dense, de la forêt pluviale ; c’est une végétation vraiment luxuriante. En revanche, la forêt du Nord de la Finlande, qui est beaucoup plus au nord que la forêt de Colombie britannique, est une forêt beaucoup plus clairsemée. C’est des forêts anciennes, où vous avez des arbres qui ont plus de 600 ans et qui sont encore debout ; c’est une forêt beaucoup moins dense, dont le rythme de croissance est extrêmement lent. Par exemple, un arbre au nord de la Laponie a une croissance de ½ mm par an. C’est-à-dire qu’un arbre de 10 cm de diamètre est déjà vieux d’un siècle. Donc ce n’est pas du tout le même paysage forestier.

En revanche, c’est la même industrie qui menace la forêt primaire. Si on résume, on peut imaginer que d’un côté il y a l’industrie papetière qui travaille essentiellement avec les essences boréales, et de plus en plus en Indonésie. Il y a l’exploitation forestière classique : c’est l’exploitation des bois tropicaux, pour le bois d’œuvre, et généralement à destination des marchés occidentaux. Et puis, la pression de l’agriculture intensive ; c’est ce qu’on voit en Amérique latine et en Laponie, avec la déforestation liée à la culture du soja par exemple.

Hé bien, l’exploitation forestière à destination du papier, effectivement, est moins connue. Et on imagine le papier comme étant un produit écolo ; il a effectivement un impact très important aussi.

Ruth Stégassy : Décidément, j’ai du mal à vous garder dans les forêts boréales ! On va essayer d’y rester quand même, parce que vous avez évoqué le peuple sami, qui vit au nord de la Suède, de la Norvège ; et qui vit en partie dans ces forêts boréales. De quelles manières sont-ils atteints par l’industrie forestière et par la déforestation ? D’abord, est-ce qu’ils ne sont pas eux, les acteurs ? Ne sont-ils pas employés des grandes foresteries ?

François Chartier : Effectivement, les samis sont un peuple semi-nomade, qui vit sur les 3 pays scandinaves : Norvège, Finlande et Suède ; et puis également en Russie. Leur mode de vie traditionnel, c’est l’élevage du renne. C’est une population d’origine européenne, qui vit depuis des milliers d’années, qui pratique ce mode de vie ancestral également depuis des milliers d’années ; mais qui du fait de la pression de l’exploitation forestière, une forme de mouvement de colonisation vers le nord des scandinaves, a vu ses territoires se réduire progressivement, et aujourd’hui restent des territoires extrêmement petits, clairsemés.

Là où le mode de vie traditionnel des samis est mis en péril par l’industrie forestière, c’est par le fait que l’élevage du renne se pratique de manière semi-nomade. Et pour cela, les rennes ont besoin de se nourrir en hiver d’un lichen qui pousse sur les arbres. Or la déforestation entraîne la disparition de ces lichens, et oblige la sédentarisation des rennes. C’est-à-dire que le mode de vie traditionnel où les rennes vivent en pâturage, et se nourrissent du lichen pendant l’hiver, est complètement compromis.

Ruth Stégassy : Mais comment cela peut-il entraîner la sédentarisation ? Parce que j’imagine que quand ils ont fini de manger le lichen sur les arbres, ils peuvent aller chercher plus loin.

François Chartier : La sédentarisation, c’est parce qu’on va recourir au fourrage, puisque les rennes ne sont plus en capacité de se nourrir naturellement dans les forêts. Et donc, le fait qu’ils soient dans des enclots et nourris de fourrage, entraîne la sédentarisation des samis.

Effectivement, c’est toujours la même situation que l’on retrouve dans toutes les forêts tropicales. Il va y avoir d’un côté la communauté sami, avec un parlement sami, des organisations sociales, etc, des peuples samis qui essayent de se défendre pour leurs droits : culturels, économiques, de la pratique de l’élevage nomade ne particulier. Et il va y avoir des samis, parce qu’ils connaissent bien la forêt, parce qu’ils sont de là ; parce que les conditions sociales de ces indigènes sont nettement moins bonnes que le reste de la population, qui vont travailler pour les exploitants forestiers. C’est quelque chose d’assez fréquent, et que l’on retrouve en Finlande également.

Ce qui est intéressant avec le cas de la Finlande aussi, c’est que c’est un pays de l’Union Européenne. Et même si la forêt primaire dont on parle, la forêt du nord de la Finlande, est un espace tout petit – c’est quelque chose de presque symbolique, même si pour les populations qui y vivent, c’est quelque chose de plus que symbolique ; c’est leur mode de vie qui est menacé -, l’ampleur du conflit a généré une radicalisation des positions des uns et des autres, les samis étant soutenus par les ONG de protection de l’environnement et les grandes ONG internationales ; l’exploitation forestière de son côté étant soutenue massivement par le gouvernement finlandais, avec une position un peu ambivalente de ce que serait l’équivalent de l’ONF en France, qui est à la fois un organisme qui gère les forêts (donc qui a vocation à la conservation des forêts finlandaises) et en même temps qui est chargé de son exploitation. Donc il est un peu juge et partie.

Cette situation de tension a amené, il y a 1 an ou 2, une décision de la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies, qui s’est exprimée contre la Finlande, parce qu’il y a ce conflit très violent avec les samis.

Ruth Stégassy : On n’entend pas l’Europe là dedans ? C’est les Nations Unies qui réagissent, et ça veut dire que la Finlande suit scrupuleusement les directives européennes ?

François Chartier : Alors effectivement, à ce niveau là, la plainte a été menée au niveau de la Commission des droits de l’Homme aux Nations Unies, pour ce cas spécifique du conflit des samis. A ma connaissance, elle n’a pas été porté au niveau des instances de la Commission Européenne. Mais c’est vrai qu’une Europe qui se présente comme un modèle, en particulier en termes de démocratie, de respect des populations, aurait un jour un rôle à jouer pour régler ce conflit, et défendre les droits de samis.

Ruth Stégassy : Mais en l’occurrence, ma question était : est-ce qu’on peut dire, aujourd’hui, que la Finlande respecte les directives européennes, ou pas ? C’est-à-dire : est-ce qu’il faut changer le comportement de la Finlande, ou les directives européennes ?

François Chartier : Oui, avant tout, je pense qu’il faut changer le comportement de la Finlande. C’est-à-dire mettre en place une gestion durable des dernières forêts primaires en Finlande. Il y a un processus qui peut se faire par les biais des certifications ; cela se fait forcément en concertation avec les populations locales. Il y a une amélioration effectivement du comportement du rapport entre le gouvernement finlandais et la population sami. Effectivement, au niveau de la politique finlandaise, il y a des grands progrès à faire.

Ruth Stégassy : Alors on va quitter un moment l’Europe, nous y reviendrons certainement. Nous allons continuer notre petit tour du monde. Je rappelle qu’on parle du papier, une denrée qui à priori a l’air tout à fait tranquille, et qui ne semble pas poser de problèmes colossaux, d’autant qu’on parle beaucoup de papier recyclé. Mais vous avez évoqué les forêts d’eucalyptus, qui aujourd’hui commencent à fournir du papier. Alors ces forêts d’eucalyptus, où sont-elles implantées, et leur exploitation pose-t-elle moins de problèmes environnementaux que l’exploitation du reste des forêts ?

François Chartier : L’exploitation de l’eucalyptus pose des problèmes différents que l’exploitation des forêts primaires. Globalement, pourquoi plante-t-on de l’eucalyptus ? C’est un arbre à croissance très rapide, qui permet une agriculture intensive. Et on peut avoir des niveaux de production très importants, en très peu de temps. Donc l’eucalyptus est pensé comme une alternative à l’exploitation des forêts primaires, pas par un souhait, d’améliorer les qualités écologiques du secteur industriel du papier, mais par un souci de rentabilité. Et c’est encore un processus qu’on ne peut pas comprendre, sans prendre en compte le fait qu’on est dans une phase de délocalisation de l’industrie papetière.

Si on revient un petit peu en arrière, l’industrie papetière s’est développée au 19ème siècle. C’est une industrie lourde, très polluante à l’origine. Il y a des progrès qui ont été faits depuis, qui sont toujours en cours, et qui peuvent encore être améliorés. Mais c’est une industrie lourde, qui s’est développée d’abord dans les pays du Nord : c’est avant tout les pays scandinaves et le Canada, qui sont les leaders de ce secteur là. Mais c’est une industrie qui se délocalise, comme cela a été le cas pour le textile et la sidérurgie. Cela se délocalise plus tard, mais c’est à peu près le même processus.

Donc d’une part, la production elle-même, donc le usines sont délocalisées. Donc il faut trouver de la matière première sur place. Car il faut savoir qu’en aucun cas, on ne peut exporter du bois d’un endroit à l’autre, pour produire de la pâte à papier. Ce qui circule, ce qui est exporté, c’est soit directement du papier fini, conditionné, que l’on peut imaginer sous les différentes formes de papier ou de carton ; soit de la pâte à papier. Et dans ce cas la pâte est transformée par exemple en France, mais ce n’est jamais le bois qui va être exporté.

Pour ces deux raisons, il y a eu un développement intensif de l’agriculture. On doit parler d’agriculture plutôt que d’exploitation forestière pour l’eucalyptus, par rapport à la taille des exploitations, en mode intensif, en monoculture, avec une utilisation massive de pesticides. C’est une agriculture productiviste, finalement, assez classique. Et donc cette agriculture s’est développée avant tout en Amérique latine, en particulier au sud du Brésil, dans des exploitations immenses d’eucalyptus. Et auprès desquelles sont construites des unités de fabrication de pâte à papier, à destination de l’exportation.

Ruth Stégassy : Ces plantations, elles ne prennent pas la place de forêts primaires ? Elles prennent la place d’autres cultures ?

François Chartier : Au Brésil, en Argentine, moins. Elles peuvent prendre ponctuellement la place de forêts, mais on n’est pas dans un phénomène de déforestation massive dans cette région là, pour la culture de l’eucalyptus. On n’est pas en Amazonie, une autre région du Brésil. En revanche, c’est une situation que l’on va retrouver en Indonésie, où il va y avoir soit la pratique de la coupe à blanc que l’on avait évoquée pour le Canada. Et ensuite, on va faire à la place de l’agro sylviculture, ou de la culture intensive d’eucalyptus, même si le palmier à huile – on parle beaucoup d’agrocarburants, et effectivement, l’Indonésie a subi cette double pression de l’eucalyptus et du palmier à huile.

Dans d’autres cas, c’est une exploitation qui va se faire sur des sols qui ne sont pas directement, ou très récemment, issus de la destruction des forêts primaires. Alors après, ça pose d’autres problèmes d’acidification des sols, d’appauvrissement des sols. Mais ce sont des problèmes différents de ceux de la destruction de la forêt primaire.

Ruth Stégassy : Mais ça n’en reste pas moins de problèmes importants, puisque les eucalyptus sont réputés stériliser plus ou moins les sols. Vous avez évoqué l’usage massif de pesticides, et je crois qu’on en est aujourd’hui plus qu’à expérimenter, et déjà récolter des eucalyptus transgéniques.

François Chartier : Il y a effectivement qui ont été relevés deux eucalyptus OGM au sud du Brésil. C’est plutôt au stade expérimental, ou au stade de très petite exploitation. Il n’y a pas actuellement de culture massive d’eucalyptus OGM. On retrouve en Asie des tentatives de peupliers OGM. Le but évidemment, c’est d’augmenter la croissance, donc d’augmenter la productivité de ces arbres, et la rapidité des rotations. Et puis il y a probablement l’idée que les structures OGM non alimentaires passeront mieux auprès de la population. On imagine probablement qu’il y a moins de peur derrière des choses que l’on ne mange pas directement.

Ruth Stégassy : Après ce premier tour d’horizon, où on voit effectivement des forêts entières disparaître, et d’autres forêts apparaître, mais dans des conditions douteuses, j’aimerais que l’on reprenne le voyage du papier, depuis le bois, depuis la forêt –vous le disiez, ce n’est pas le bois qui est transporté, c’est la pâte à papier -. Donc qu’est-ce qui se passe entre le moment où on a coupé les arbres, et le moment où on va tourner la page de notre livre ?

François Chartier : Effectivement, tout commence par le fait de couper des arbres. Et là, ça peut être intéressant de revenir à la position ou la communication qu’avait la Copacem (le syndicat des papetiers français), lorsqu’ils disaient que le papier produit en France l’est à partir de forêts gérées durablement, essentiellement à partir de bois d’éclaircies - c’est ce qui va rester lorsque l’on va entretenir les chemins, les forêts – et tout ce qui reste des chutes, tout ce qui va être finalement des matières non valorisées, et qui va être du coup utilisé pour la fabrication du papier.

Alors ça, c’est effectivement une des réalités que l’on trouve en France. Finalement, si on prend au point de départ, tout est dans la manière dont on va exploiter la forêt. Donc comme on le disait, au Canada ou en Indonésie, avec le cas des coupes à blanc, on a une exploitation plus qu’intensive. C’est-à-dire que vous avez un espace, vous coupez tout, et à partir de là, vous produisez votre pâte à papier. La pâte à papier est produite exclusivement à partir de fibres végétales, donc on peut aussi bien utiliser le tronc d’arbres centenaires que les branches, le feuillage. Donc il n’y a pas de problème qualitatif à ce niveau là. Ca, c’est le mode de gestion forestière le pire, qu’il faut évidemment absolument éviter.

On peut revenir sur la fabrication du papier en tant que telle. On a fait le tour des différents impacts sur les forêts, avec la spécificité des forêts primaires. La fabrication du papier peut se faire de plusieurs manières. Elle s’est faite pendant des siècles à partir de chiffons ; et maintenant elle se fait massivement à partir du bois. Elle peut se faire d’autres manières, que nous souhaitons qu’elles se développent dans notre pays : la fabrication de papier à partir de vieux papiers ; c’est ce qu’on appelle le papier recyclé. Clairement, lorsque l’on fabrique du papier à partir de bois, il y a deux techniques : fabrication de la pâte mécanique ou de la pâte chimique. Cette industrie, qui à la base était extrêmement polluante, par le fait qu’on utilise massivement des produits chimiques pour extraire la fibre, et ensuite pour fabriquer la pâte. Et à l’inverse, la fabrication du papier recyclé ne nécessite aucun apport de bois…

Ruth Stégassy : On reviendra après sur le papier recyclé. Mais restons un peu sur les impacts dus à la fabrication du papier sur place, et peut-être les transports aussi.

François Chartier : L’impact principal dans le processus industriel est à plusieurs niveaux : d’une part dans les produits chimiques utilisés dans la fabrication de la pâte. Cet impact est très simplement dans le rejet dans les eaux de ces produits chimiques. C’est ce que pendant longtemps combattaient les écologistes, avec l’utilisation massive du chlore dans la fabrication du papier, et le rejet de celui-ci par traitement des eaux. Aujourd’hui, la situation est progressivement en train de s’améliorer en Europe. Le chlore est en train d’être remplacé. Mais comme on le disait tout à l’heure, il y a délocalisation de cette industrie. Alors ce ne sont pas de nouveaux industriels qui apparaissent dans le paysage, et qui vont supplanter les anciens ; ce sont les mêmes industriels canadiens, scandinaves, ou du reste de l’Europe, qui vont s’implanter ne Amérique latine, et qui ne vont pas du tout appliquer les normes européennes et les standards écologiques du process, mais qui vont massivement rejeter du chlore dans les eaux, sans pratiquer de traitement des effluents.

Les autres risques de pollution, les autres impacts sur l’environnement, proviennent également des rejets des cheminées. C’est ce qu’on appelle en particulier les marcatans. Si on est déjà passé à côté d’une usine à papier, ça sent extrêmement mauvais.

Par ailleurs, il y a des impacts, moins en termes de pollution, qu’en termes de consommation d’énergie. C’est une industrie extrêmement énergivore. Pareil, encore une fois, les industriels essayent de faire des progrès, de développer la cogénération. Mais ça reste une industrie très très consommatrice d’énergie. Et donc avec le problème autour du climat et de l’émission du CO2.

Par ailleurs, c’est une industrie qui consomme des quantités massives d’eau. Selon la manière dont on va gérer l’eau – en circuit fermé, ou se mettre au bord de la rivière pour prélever l’eau et la rejeter – les impacts vont être différents. Les enjeux : la pollution chimique liée à la fabrication du papier, et puis la consommation énergique et la consommation d’eau.

Ruth Stégassy : Donc on est dans un cas assez typique de délocalisation des emplois, amis également de délocalisation des nuisances. Alors, quand la pâte à papier arrive sur le sol européen, est-ce qu’elle provoque d’autres nuisances, ou est-ce qu’elle crée des emplois ?

François Chartier : Une nuisance environnementale : c’est qu’on est dans une logique avec ce système de délocalisation. On va faire circuler de la matière première, que ce soit de la pâte (c’est le cas le plus courant dans la fabrication de la pâte à partir d’eucalyptus) ou du papier fini, avec l’avantage de la valeur ajoutée. Plus on exporte loin, plus il y a circulation, et donc il y a un impact sur l’environnement en termes de consommation d’énergie.

Par ailleurs, traditionnellement, les usines étaient souvent des usines intégrées : vous aviez votre usine à papier à côté d’une forêt ; vous faisiez rentrer du bois, et elle sortait du papier fini. De plus en plus, dans une logique où cette industrie là disparaît, les usines en France sont aujourd’hui avant tout des usines d’assemblage. On va faire sa cuisine à partir des différentes pâtes à papier, et fabriquer les différentes gammes de papier qui existent, du papier carton ondulé bas de gamme, au papier le plus prestigieux, pour l’impression des beaux livres. Le processus reste le même. Après, c’est la fabrication au détail, les mélanges, qui font qu’on a différentes qualités de papier.

En tout, cet enjeu de transport, qui va avoir un impact sur l’environnement après la fabrication de la pâte. Par ailleurs, dans cette logique où à un bout, on va prélever une ressource – même si elle peut se regénérer, c’est une ressource finie qu’est la forêt -, on va avoir une industrie polluante pour la fabrication de la pâte, un transport sur des longues distances, une consommation souvent assez éphémère ; et ensuite un produit qui est jeté. Donc on est sur une logique où à tous les bouts de la chaîne, il y a un impact environnemental lourd, et il y a un cycle irrationnel de gestion de la ressource.

Citation : L’objectif initial était de produire 245000 T/an ; aujourd’hui nous en produisons 340000 T/an. A l’origine, on devait produire de la pâte à papier à partir du mélina. Mais il y a beaucoup de problèmes avec cet arbre là, et nous utilisons maintenant de préférence des eucalyptus et des pins. Mais c’est la seule différence essentielle par rapport au projet initial.

Ruth Stégassy : Voilà ; on va en venir aux bonnes nouvelles. Tout le monde suppose qu’avec l’avènement de l’ordinateur roi, on consomme de moins en moins de papier. Et d’autre part, comme le disait une récente campagne publicitaire, on recycle de plus en plus de papier, en France, en Europe. N’est-ce pas, François Chartier ?

François Chartier : Bizarrement, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Le développement de la communication, que ce soit par le biais des nouvelles technologies, ou par le biais des différents médias, a entraîné derrière elle le développement d’une société de communication, avec de plus en plus de publicité, de supports papier.

Les chiffres sont assez parlants : en un demi-siècle, la consommation de papier a été multipliée par 10. C’est dû d’une part à l’augmentation du suremballage, et au développement du papier de la communication (publicité, marketing, etc). On entend régulièrement que le nombre de lecteurs de journaux baisse.

Ruth Stégassy : Encore un petit chiffre : le poids du papier sur la ressource, sur la forêt ?

François Chartier : C’est difficile de quantifier cette ressource en surface. Il y a des forêts extrêmement clairsemées au nord de la Finlande, des forêts très denses en Colombie britannique, et les eucalyptus bien rangés, bien alignés, d’Argentine. Par contre, ce qui peut être intéressant comme ordre de grandeur, c’est qu’il faut pour la fabrication d’1 kg de papier 3 kg de bois. Pour revenir à l’idée que par le biais des nouvelles technologies, la consommation de papier allait massivement baisser. Comme je vous disais, c’est effectivement le contraire qui s’est produit. Parce que les gens se sont mis à recourir de manière massive aux nouvelles technologies, mais du coup à imprimer assez systématiquement tout ce qu’ils pouvaient avoir. Et on est finalement dans une logique où on a développé de nouveaux outils, mais qui au lieu de supplanter le papier, ont finalement augmenté la consommation de ce papier.

La mauvaise nouvelle, c’est que la consommation de papier augmente de manière constante. Et non seulement dans les pays occidentaux, ou en Amérique du Nord ; mais elle se met à augmenter de manière très rapide et exponentielle, notamment en Chine.

Par ailleurs, la bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, le pourcentage de fibres recyclées globalement dans la consommation de papier en France augmente régulièrement. On est au-dessus de 50% de fibres recyclées. Alors qu’est-ce qu’on appelle des fibres recyclées ? C’est du papier produit à partir de vieux papiers issus du tri sélectif.

Et puis également un autre ordre de grandeur pour comprendre cette répartition. On parlait tout à l’heure de l’augmentation massive liée aux usages de la communication. Dans cette consommation de papier en France, il y a 45% de papier d’emballage, et à peu près autant pour la communication de boîte aux lettres de votre supermarché du coin. Les autres 5% vont correspondre à tout ce qui est papier de tissu : mouchoir en papier, papier toilette, etc.

Ruth Stégassy : Mais est-ce que le papier recyclé est vraiment plus écologique ?

François Chartier : Effectivement, la bonne nouvelle, ce n’est pas seulement que la part de papier recyclé dans la consommation globale augmente ; l’aspect positif de cette augmentation, c’est que le papier recyclé a moins d’impact sur l’environnement. Première chose, on parlait de forêts au début. Evidemment, puisque la matière première ne vient pas des forêts, l’industrie du papier recyclé n’a aucun impact sur les forêts, qu’elles soient primaires ou non d’ailleurs.

Seconde bonne nouvelle : la fabrication de papier recyclé consomme moins de matière primaire : avec 1 kg de papier, on arrive à faire entre 700 et 800 g de papier recyclé. Donc la perte de matière première est nettement moins importante.

Par ailleurs, la consommation d’eau, d’énergie et de matières chimiques est également moins importante. Il faut voir aussi que ce sont souvent des usines plus modernes. Mais lorsque l’on fait cette comparaison en termes de consommation d’énergie, d’eau, etc, c’est à niveau de technologie équivalent. Donc c’est une industrie qui n’a pas d’impacts sur la forêt, qui a moins d’impacts en termes de process industriel.

Ruth Stégassy : Et puis j’imagine aussi que c’est une industrie qu’on peut beaucoup plus difficilement délocaliser.

François Chartier : Voilà. Cela semble beaucoup moins pertinent d’aller délocaliser cette industrie, dans la mesure où elle est vraiment basée sur la logique d’un cycle court. Vous triez vos déchets, qui partent au centre de tri. On va dans une usine de papier recyclé, le moins loin possible évidemment, et on est sur des marchés locaux. On réduit l’impact environnemental par rapport au secteur industriel classique ; et on est sur un cycle court, donc sur une localisation de l’emploi, dans les pays qui consomment ces papiers recyclés.

Ruth Stégassy : Alors pour conclure, on est ici à Greenpeace. Le papier ne fait pas partie des grandes campagnes internationales de Greenpeace. Mais néanmoins, cette ONG a estimé important, voire nécessaire, de faire quand même campagne sur la question du papier. Concrètement, qu’est-ce que vous pouvez proposer ?

François Chartier : C’est vrai que Greenpeace est plus connue pour sont travail en faveur de forêts primaires en Amazonie. Mais la première campagne forêt qu’a lancée Greenpeace il y a une quinzaine d’années était en Colombie britannique. C’est vrai que ce n’est pas une campagne prioritaire, mais ça reste un enjeu important en termes de protection de la biodiversité. Les forêts primaires "boax" (?) qui sont peu connues sont menacés par cette industrie papetière. Le choix a été fait finalement de ne pas travailler au niveau du secteur qui serait le plus gros consommateur de papier (par exemple l’emballage), mais de celui qui est le plus visible, le plus prestigieux, c’est-à-dire le monde de l’édition. L’idée est de travailler à la fois avec des auteurs, qui pouvaient ponctuellement convaincre leur éditeur d’utiliser du papier recyclé, du papier certifié. Ou alors de travailler au niveau de l’éditeur, pour essayer justement d’une part à les faire aller dans le bon sens, en utilisant du papier recyclé, ou certifié FSC par exemple. Ceci pour que cette démarche serve de sensibilisation auprès du grand public. Pour qu’on puisse faire passer ce message : il y a un enjeu environnemental lié à la consommation de papier. Et cet enjeu n’est pas seulement le rejet du chlore, mais aussi un enjeu de biodiversité, un enjeu social, un enjeu de protection des populations indigènes qui vivent dans les forêts primaires. Et donc c’était un moyen de faire passer le message.

C’est également un moyen de faire passer un message pédagogique. Lorsqu’on pense aux livres scolaires, dans un contexte où on développe de plus en plus l’enseignement au développement durable, où on développe toute cette approche à destination de la jeunesse, ça me semblait extrêmement important d’essayer de convaincre le secteur du manuel scolaire d’utiliser le papier recyclé. C’est également des volumes très importants. La consommation de papier destiné à l’édition n’est pas non plus anodine ; c’est des milliers de tonnes par an.

Non seulement on essaye de faire passer un message fort, on essaye de faire connaître. Et en même temps c’est un moyen de réduire l’impact de la consommation de papier.

Ruth Stégassy : Consommation importante, impact économique important aussi, le fait de passer au papier recyclé, c’est plus ou moins cher ?

François Chartier : C’est comme toujours à double tranchant. C’est-à-dire que le papier recyclé a produire est moins cher, ne serait-ce que parce qu’il y a moins de matière première, etc. Aujourd’hui, si vous allez, non pas au supermarché du coin parce qu’ils n’en ont que très rarement, mais chez un petit libraire militant, passionné, qui vous propose du papier recyclé, vous trouverez du papier recyclé qui sera en moyenne, si vous faites la comparaison avec le produit d’appel le plus bas de gamme (en général en provenance d’Indonésie), ce sera souvent un rapport de 1 à 2. Donc il est beaucoup plus cher. Mais c’est un prix du marché ; c’est un prix qui est lié aussi à la consommation du volume. Pour un éditeur qui va, avec son imprimeur, négocier plusieurs tonnes de papier à l’année, voire quelques dizaines ou centaines de tonnes pour les grosses maisons d’édition, là on retombe sur des prix qui peuvent être moins chers.

Ruth Stégassy : Et voilà comment on réserve tout ce qui est écologique à une classe aisée ; et on peut faire passer cela pour un caprice de riche.

François Chartier : Effectivement, si les chaînes de supermarchés qui proposent des ramettes achetaient du papier recyclé, sur les volumes sur lesquels ils travaillent, il serait moins cher. Donc c’est des choix politiques, et c’est des choix qui n’ont pas globalement pas d’impact sur l’entreprise qui va le mettre en avant. Finalement avant tout, peut-être des mentalités à faire évoluer. Et ça peut être une approche. Et c’est pour ça qu’on a fait ce travail autour du monde de l’édition. Et puis c’est aussi jouer sur la demande : plus la demande augment, plus le prix baisse.

Citation : Je voudrais savoir où va cette pâte à papier, qui est produite ici, au milieu de la mozolée (?)

Cela va principalement en Europe. 80% de notre production est pour l’exportation, et 20% pour le marché intérieur. 60% de ce que l’on produit va en Europe. Et nos meilleurs clients sont en France, Allemagne et Italie, et un peu au Royaume Uni. Cela fait rêver que les petits écoliers en France écrivent sur des cahiers qui viennent du plein milieu de l’Amazonie. Je trouve ça très beau, déclare un passant.

Ruth Stégassy : Henri Sovagnac, vous dirigez une entreprise de fabrication de papier, implantée à Château Thierry. Et vous avez souhaité développer en France le label FSC (Forest Steewetchild Council) qui est un label de protection des forêts. Sachant que les papetiers sont très souvent montrés du doigt justement, en étant des déforesteurs, qu’est-ce qui vous a fait adopter cette démarche, dont on pourrait penser qu’elle pourrait vous coûter énormément, sur le plan économique ?

Henri Sovagnac : En fait, j’ai pensé que pour l’industrie papetière, ne pas aller dans la direction FSC, allait coûter. Tous les pays environnant la France, sauf pratiquement la Finlande et la France, en Europe, sur les 27 pays, on était le dernier à ne pas avoir d’initiative nationale. Et j’avais peur que pour un producteur français qui n’embarquait pas sur ce schéma, et qui embarquait sur un schéma concurrent, il ait des difficultés, en sachant que de toute façon, il s’agit d’un marché global, et que la plupart des ventes se font à l’export, dans tous les pays. C’est un marché où les spécialités font en sorte que le producteur français va vendre autant en Asie qu’en Amérique du Sud et du Nord ; et puis surtout en Europe, à l’extérieur de la France.

Ruth Stégassy : Vous dites qu’on était les seuls en Europe à ne pas avoir encore ce label ?

Henri Sovagnac : Sur les 27 pays européens, il y en avait 26 qui avaient une initiative nationale, et il n’y en avait pas en France. Même la Finlande, dont le président s’était accordé avec le président de la France, pour créer un label, quelques années après FSC, un label concurrent, simplifié, une initiative nationale. Et cette initiative nationale finlandaise est arrivée quelques années avant l’initiative française, qui a officiellement démarré en janvier cette année.

Ruth Stégassy : Mais alors, quel crédit peut-on apporter à ces initiatives nationales, lorsqu’on sait que la Finlande est en train de déforester à tour de bras, et va sans doute finir de perdre sa forêt dans très peu de temps. Est-ce qu’on est là dans une de ces entreprises de badigeon vert comme on les connaît, ou bien est-ce que c’est plus sérieux ?

Henri Sovagnac : La FSC justement en Finlande, a comme objectif de vérifier ce qui se passe dans la forêt, avec les samis, les indiens. Et non seulement la forêt, mais aussi tout l’aspect social, parce qu’il faut bien comprendre que FSC est une organisation avec une gouvernance à 3 têtes : autant de voix du côté de l’économie, que du social, que de l’environnement. Et donc chaque vote compte. Et donc l’aspect social en Finlande, concernant la population indigène, et aussi les rennes, fait en sorte qu’aujourd’hui, on ne peut pas dire que la Finlande est un pays qui rencontre les normes FSC en totalité. Mais c’est vrai que toutes ces sociétés qui étaient implantées en Finlande, on t pris conscience qu’il y a un problème. Elles savent de toute façon qu’aujourd’hui, ils ont des difficultés à avoir du bois qui vient de Russie, puisque ce pays a eu l’intelligence de mettre en place un système de taxe, qui fait que les pays qui importent doivent payer un montant qui monte tous les ans, et qui est vraiment exorbitant. Pourquoi ? Pour promouvoir la valeur ajoutée en Russie.

En France ; FSC va permettre aux producteurs de pays de rencontrer petit à petit ces normes, même avec un petit peu de retard, pour pouvoir être compétitif sur un plan mondial. Parce que c’est surtout au niveau de l’acheteur professionnel que se passe la décision. Quand vous allez dans une boutique acheter du papier toilette, ou du papier A4 pour votre photocopieur, vous ne prenez pas vraiment le temps, ou vous ne pensez pas qu’il y a une incidence importante sur la forêt. Vous ne savez pas que ça peut être fait avec des arbres qui viennent d’Amérique du Sud, ou du Sud-Est asiatique, qui viennent d’une forêt où il y a des espèces uniques qui sont en train d’être détruites, et que la faune environnante est en train de disparaître. C’est vrai que cette certification en France va permettre à ces gens là de vendre aux acheteurs professionnels de n’acheter que du FSC. Voici deux exemples En Angleterre, les deux grandes chaînes, comme Carrefour, Leclerc ou autres, ont décidé qu’à partir de janvier 2008, ils n’achèteraient que des produits certifiés FSC, ou recyclés. Mais si vous voulez vendre dans ce pays là, que vous n’avez pas la certification, comme ça aurait été le cas en France plus facilement parce qu’il n’y avait pas d’initiative nationale, les sociétés françaises, sur le plan économique, sur le plan social, auraient eu des difficultés. Et on aurait vu des fermetures d’usines à tour de bras, ce qui de toute façon risque d’arriver, parce qu’on est un tout petit peu en retard. On essaye de rattraper ce retard, et on compte bien sur l’action de tout le monde pour nous aider dans ce sens là, parce qu’il faut savoir que c’est une association de bénévoles ; je ne suis pas payé. L’ensemble des membres du conseil d’administration ne sont pas payés. On a un budget qui est relativement limité, qui consiste justement aux cotisations des membres, qui ont senti le besoin de faire quelque chose, et de participer. Parce que si on ne participe pas, on arrive à une situation où on se fait imposer les choses des acheteurs, qui eux prennent les décisions, et qui sont un peu partout dans le monde. L’acheteur de World Malt par exemple décide par exemple de n’acheter que du FSC. Ca peut avoir une implication en France, si World Malt rachetait une firme française très importante, ce qui est tout à fait possible.

Ruth Stégassy : Avec des membres bénévoles, avec des budgets limités, comment arrivez-vous à faire un travail vraiment approfondi, pour garantir l’origine des bois que vous achetez pour fabriquer le papier ?

Henri Sovagnac : L’origine est garantie avec un label, décerné par des certificateurs professionnels, qui ont été eux-mêmes reconnus et certifiés par FSC International. FSC existe dans 71 pays ; le siège social est au Mexique, à Oaxaca ; et pour l’Europe il y a un siège à Bonn, où les avocats, les spécialistes, rédigent des textes. Justement le texte qui va gérer l’ensemble des FSC est sorti hier soir à 20h, et nous avons un mois pour tous ceux qui veulent participer pour faire des commentaires. Si on ne fait pas de commentaires, on n’a aucune raison et aucun droit de se plaindre par la suite.

Ruth Stégassy : Hier soir, c’est donc début septembre, puisque c’est le moment où nous faisons cette interview. Donc d’ici fin septembre, vous devriez avoir abouti. J’ai noté que vous m’avez parlé immédiatement de problèmes à l’exportation que vous risquiez de rencontrer en tant que fabricant et commerçant de papier. Est-ce à dire qu’en France, vous ne rencontrez pas ce genre d’inquiétudes auprès de vos acheteurs ?

Henri Sovagnac : Si. En fait, il y a certaines sociétés françaises qui sont un peu prises à défaut en utilisant le logo FSC, alors qu’ils n’ont pas la chaîne de contrôle, ils n’ont pas suivi les obligations. Donc on a décidé dans l’ensemble de FSC de régler ce problème là. Le problème a été communiqué lors des assemblées générales ; la presse est présente lors de la dernière assemblée générale au mois de juin. Et donc nous proposons des solutions de médiation. Et ce que l’on veut, c’est que les gens finissent par utiliser le label de manière correcte. Mais comme il n’y a pas eu d’initiative nationale française, on peut aussi admettre que juste à présent il y a un certain laisser-aller, un laxisme, qui est aussi justement un problème. Parce qu’il faut savoir que si quelqu’un se fait prendre avec un label qui est utilisé de manière frauduleuse, les conséquences sont très graves. Il y a des précédents sur le plan international qui ont montré que les amendes peuvent être très élevées.

Ruth Stégassy : Mais alors pour l’instant, on est encore dans un flou un peu artistique. Le paradoxe, c’est que vous fabriquez vous-même du papier recyclé. C’est donc que vous avez déjà une certaine conscience de la nécessité de ne pas peser trop sur la ressource en bois.

Henri Sovagnac : Absolument. J’ai en effet, depuis le début de ma carrière, essayé de faire quelque chose pour l’environnement. Et un peu malgré, et contre tout le monde, en 1993, j’ai décidé d’installer une usine de papier recyclé en France. Tout le monde m’a dit au départ : mais pourquoi en France ? C’est un des pays où c’est le plus difficile. Justement, c’est parce que c’était difficile que ça m’a intéressé. Et cette usine fonctionne aujourd’hui relativement bien. Et du coup je l’ai vendue ; mais j’étais un des 5 démarreurs de l’usine. Nous étions tous basés au Canada à l’époque, et nous sommes tous venus ici, pour faire en Europe ce qui pouvait être utile pour l’environnement. La société aujourd’hui m’a donné l’autorisation de passer la moitié de mon temps pour m’occuper du FSC. Donc je travaille bénévolement, à mi-temps, pour cette société, qui en termes de recyclé, amène quelque chose. On a fait en sorte que FSC reconnaisse le recyclé. Il faut savoir que FSC est une association avec des membres qui sont des 3 chambres, autant de l’hémisphère nord que de l’hémisphère sud. Que dans l’hémisphère sud, la forêt amène de plus en plus de ressources, de revenus. Et pour leur faire admettre que le recyclé, lui, est quelque chose de plus local, de plus régional, allait leur faire de la concurrence, mais allait être reconnu par FSC, ça a été relativement difficile. Mais ça l’a été dans la dernière version parue hier soir : le recyclé a ses lettres d’honneur. Et en fait on sait tous que le recyclé consomme moins d’eau, pollue moins, consomme moins d’énergie. Pour chaque tonne de papier par exemple, on économise 24 arbres de taille moyenne.

Ruth Stégassy : Pourquoi est-ce que tout le monde ne se jette pas sur cette possibilité ?

Henri Sovagnac : Parce que c’est un métier très difficile, où il y a quelques joueurs seulement à travers le monde. Et qu’il était beaucoup plus facile de couper la forêt qu’on avait dans son jardin que d’aller récupérer les vieux papiers aux fin fonds des bureaux, des poubelles, et puis les retransformer. Et techniquement, comme c’est relativement nouveau, on a commencé à prendre conscience de ce problème il y a une vingtaine d’années, en Amérique du Nord. Pourquoi ? Parce que les décharges étaient pleines, il n’y avait plus de place. Et les villes préféraient, sur le plan foncier, utiliser le terrain qu’ils avaient pour d’autres choses, dans leur Plan d’Occupation des Sols, que pour faire des décharges. Donc aujourd’hui, on est arrivé à cette situation là. Dans la région parisienne, c’est clair qu’entre la difficulté pour brûler, la difficulté pour trouver des décharges, la municipalité a intérêt à se pencher vers le recyclé. Et c’est ce qui s’est passé en Amérique du Nord. Ce sont avec des obligations municipales, financières, que les sociétés qui recyclaient se sont financées. En France, on a dû faire ça en financement de projet ; on a dû trouver 200 millions pour faire une usine. Ce n’est pas facile, en sachant que l’ensemble de mes économies a été le centième à peu près, puisqu’on a eu 99% de dettes !

Ruth Stégassy : Qu’est-ce que le label FSC va apporter au papier recyclé ?

Henri Sovagnac : Il va apporter plusieurs garanties. Le label est une garantie non seulement pour l’environnement, mais aussi pour le social. Lorsqu’on achète un papier FSC aujourd’hui, avec le label, on a une garantie de performance. C’est-à-dire qu’il y a des vérifications qui sont faites, et il y a des pays, ou des zones entières, qui se sont vu retirer le label FSC, parce qu’ils utilisaient par exemple des jeunes filles de 12 ans, qui avaient des tronçonneuses aussi lourdes qu’elles, sans sécurité. De la même façon, sur le plan écologique, c’est bien de couper un forêt, mais il faut s’assurer que l’on en coupe pas trop, pour que les générations futures en aient encore. Le label garantit cela. C’est la différence entre le label FSC, et beaucoup d’autres labels.

Ruth Stégassy : Mais pour le recyclé, on n’a pas de garanti des fibres d’origine qui constituent ce papier recyclé.

Henri Sovagnac : En fait, pour avoir le label FSC pour le recyclé, il faut du postconsommateur. La raison qui fait qu’on ne donne le label qu’au postconsommateur est relativement clair. Ce que ne veulent pas les gens qui soutiennent FSC, que ce soit la chambre sociale environnementale, les ONG ou l’ensemble des acteurs, c’est qu’il y ait des productions de magazines par exemple en quantités trop importantes, juste pour pouvoir dire que le tirage est important. Mais en oubliant de dire que plus de la moitié ne sont pas lus, et reviennent pour être soit incinérés, soit mis en décharges. Mais si elles sont recyclées, elles ne méritent pas le label FSC.

Ce qu’on a ensuite voulu éviter, c’est la production artificielle de papier recyclé. Si un groupe a 4 ou 5 usines, lorsqu’on fait du papier, on fait 3,60 m de large. On a besoin juste de 3,20 m. On coupe 20 cm de chaque côté. Ces 20 cm, si on les récupère dans toutes les usines, on peut les amener dans une usine et l’appeler recyclé. Mais ce n’est pas du postconsommateur. Le postconsommateur est celui où le consommateur final a payé la TVA par exemple ; ça peut être un bon indicateur. Et on veut diminuer ces abus, ces sortes de gâchis.

Voici ce qu’entre autres, le label FSC peut amener au papier recyclé, et au papier en général.

 

Commentaires

Si vous souhaitez réagir à cette émission, vous pouvez le faire en cliquant sur le lien ci-dessous.

 

Poursuivez la discussion sur ce thème ailleurs