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Terre Mère

Emission du 3 mai 2008 - rediffusée le 9 août 2008 / Catégories : Monde

Description

Avec Jean Malaurie ethnologue, géographe et écrivain français, autour de son livre « Terre Mère » (CNRS éditions, 2008)

Invités

  • Jean Malaurie, ethnologue, géographe et écrivain français

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Transcription

Ruth Stégassy : « Terre à terre », le magazine de l’environnement. Ce matin une rencontre exceptionnelle avec Jean Malaurie. Jean Malaurie, vous m’y invitez. J’essaierai de vous interrompre de temps en temps, mais je pense que le plus sage, compte tenu de vos talents de conteur, serait de vous proposer peut-être une sorte de cadre général à l’intérieur duquel je suis certaine que vous évoluerez avec beaucoup d’aisance, et si je le peux, de temps en temps, je vous poserais une question.

Jean Malaurie : C’est dit avec beaucoup de grâce.

Ruth Stégassy : Alors, en fait, la première raison qui m’a donné confiance et qui m’a incité à vous appeler, et à vous proposer une rencontre c’est ce tout petit ouvrage que vous venez de publier « Terre Mère » dans lequel vous liez, peut-être plus étroitement que vous ne l’avez jamais fait, les questions de société et d’environnement, à travers la société Inuit, bien sûr, que vous connaissez si bien et que vous aimez tant, mais avec des réflexions qui m’ont énormément touchée. Tout d’abord, peut-être, le fait que vous ayez dit à un moment qu’aujourd’hui nous sommes dans une sorte de brume et que nous n’arrivons plus à réfléchir clairement. C’est vrai qu’on peut avoir le sentiment qu’il y a eu un dérapage tel, dans l’histoire de la planète, qu’aujourd’hui plus rien n’est d’équerre et qu’il est très difficile de trouver des repères.

L’autre chose qui m’a beaucoup touchée, c’est cette réflexion que vous avez sur la quête que vous avez menée pendant si longtemps auprès des Inuits. Vous dites : « Je cherchais quelque chose qu’en vérité j’avais trouvé immédiatement. » Et ce quelque chose, c’était justement de l’ordre d’une relation extraordinairement fine, intelligente, comprise entre les hommes et leur milieu. Je préfère dire milieu plutôt qu’environnement. Un lien fait de contraintes, mais en même temps d’acceptation, comme si finalement la société était d’autant mieux structurée qu’elle était structurée par ceux qui l’entourent, par son milieu. Comme si ces humains dont on aime à penser qu’ils vivent dans des conditions extrêmes avaient trouvé dans ces conditions un confort de vie qui nous échappe, aujourd’hui.

Jean Malaurie : Ce sont de vastes questions. Puisque vous avez « Terre Mère », je voudrais évoquer, dans cette rencontre, cette crise majeure que nous sommes en train de vivre. Et c’est un livre que j’ai écrit après avoir été nommé à l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) ambassadeur de bonne volonté pour les régions arctiques. C’est un très grand honneur que toutes les commissions souhaitaient que je sois cet ambassadeur. Pour les régions polaires, je suis le seul. Et pour les sciences de la Terre et pour les Sciences de l’Homme. J’ai donc fait un discours devant M. Koïchiro Matsuura (directeur général de l’UNESCO) avec d’autres textes inédits. Ce texte a été repris dans ce petit livre.

Nous sommes - j’en suis convaincu - des veilleurs de nuit, nous hommes de sciences, nous hommes de bonne volonté face à une mondialisation sauvage, un développement désordonné. Ce qui est dramatique dans l’Arctique, c’est que les Inuits, les sibériens n’ont pas eu beaucoup de chance avec les blancs. Je reviens à cette volonté que nous avons à l’UNESCO et qui est consécutive à une mission que m’a confiée le directeur général, M. Matsuura. Nous avons créé une commission pour l’Arctique qui doit en décembre 2008 présenter un certain nombre de lignes de force pour proposer une charte de l’Arctique.

La mission est très difficile. Ce sont des pays souverains, très puissants. Ce sont les États-Unis, la Russie, le Canada (qui découvre sa très grande puissance par les territoires, hier du Nord-Ouest, aujourd’hui Nunavut), c’est le Groenland, c’est l’Océan glacial. Ce sont des problèmes très complexes. Ce sont des problèmes d’autant plus difficiles que – c’est pour ça que je disais que les Inuits n’ont pas beaucoup de chance – pendant le temps de la découverte, ils étaient sinon méprisés, du moins mal compris, jugés comme primitifs, en arrière de l’histoire. Considérés comme des païens et idolâtres par les Églises, devant abandonner ces pratiques sataniques d’un autre âge du chamanisme. Par les autorités soviétiques du communisme matérialiste, dialectique, léniniste et athée, ces pratiques également étaient condamnées. Donc un peuple véritablement incompris, pour ne pas dire mis à l’écart comme des fossiles de l’histoire. Et puis, sous l’influence d’anthropologues, d’hommes de cœur et de chercheurs qui ont vraiment le sentiment de devoir payer leur dette à ces compagnons de route, et je m’honore d’être de ceux-là, nous nous sommes battus pour qu’ils soient reconnus comme tels. Dois-je rappeler à France-Culture que ma vie a été comme ponctuée par des rendez-vous shakespeariens (le qualificatif est choisi à dessein), c’est la base de la découverte américaine de Thulé. Je me permets de rappeler encore les circonstances. J’arrive des grandes solitudes du Grand Nord, vivant dans des conditions qu’on a peine à croire. Je n’ai pas de boussole parce que c’est une zone de magnétisme majeur. J’arrive du pôle, j’ai un magnétique nord que j’ai été le premier Européen à avoir parcouru, sans le savoir, et sans le vouloir. C’est vingt ans plus tard que l’Institut de Physique du Globe de L’Université de Strasbourg m’a fait remarqué que mon itinéraire qui est indubitable me faisait passer par ce lieu. C’est important ! J’étais avec un Inuit. Nous étions comme happés, attirés par ce lieu tout à fait singulier. Alors, je rappelle pour les géographes et les géophysiciens de France-Culture qui sont très avertis, qu’il y a trois pôles. Il y a le pôle géographique qui est l’axe du pôle, qui bouge peu. Il y a le pôle magnétique qui est dans l’archipel canadien, qui lui se déplace lentement vers le Nord. Il a été découvert par James Clark Roos, un explorateur écossais, lors de l’expédition de son oncle John Roos dans ces zones de la péninsule de Boothia. Et le troisième pôle, le pôle géomagnétique qui est l’effet d’un flux magnétique de la tropopause qui rejoint le flux magnétique de la Terre, qui traverse de part en part notre planète, et sort en dipôle dans les régions Antarctiques, non loin du reste de la Terre Adélie. C’est un concept qui a été défini par Gauss, un très grand physicien allemand. Donc, je n’ai pas de boussole. Les cartes sont si faibles que c’est moi qui les dresse. Nous chassons pour vivre parce que mes moyens sont très modestes. Nous avons quarante-deux chiens. Nous n’avons pas de radio. Nous ne savons rien. Et je vis avec ces hommes qui sont à glaner, à glaner quelque part dans les 600 millions d’années. C’est peu, 600 millions d’années ! Au début du chaos de la Terre où il n’y avait que la nuit ; les luminaires n’étant pas apparus. Et nous sommes là avec mon compagnon qui ne voulait pas me quitter, qui a été un maître. Il est l’arrière-petit-fils de Hans Hendrick, il s’appelle Hendricksen. Il a inventé ce « Hendricksen » pour rappeler cette filiation. Il s’arrête et me dit : « Arrêtons-nous ! » Nous étions trois traîneaux, avec mes caisses de fossiles et nous ne voyions pas ce qui était au-delà. Nous sommes sur des glaciers. Nous sommes à mille mètre d’altitude, et là il prend le couvercle d’une de mes boîtes de chercheur avec un couteau et il commence ce qu’on appelle un chant ayaya, un chant agonistique tout à fait troublant. C’est un homme inspiré. Dans mes ouvrages figure cette photographie. Et lorsqu’il a terminé, il me dit : « De grands malheurs vont arriver. » De grands malheurs…

Et nous poursuivons, et là nous voyons dans le ciel des avions qui arrivent les uns après les autres. C’est la base américaine qui se construit. Nous sommes à un moment décisif de la guerre de Corée. La situation est très mauvaise pour les forces américaines, et donc ils construisent une piste en toute hâte pour qu’un avion chargé d’une bombe nucléaire puisse atterrir, et en cas de péril pour les États-Unis et les Nations Unies, lancer une bombe sur Moscou et Pékin. En effet, j’ai appris par la suite dans les archives secrètes de la présidence de la Fédération des Républiques à Moscou, que Staline avait écrit des télégrammes à Mao disant que le temps est venu (nous sommes en juin 1951) d’abattre le capitalisme. La France est en jeu, l’Angleterre aussi, l’Amérique devient isolationniste. C’est le moment pour la Chine de déplacer, pas dix divisions, mais trente ! Quarante ! Cinquante ! Alors l’Armée Rouge s’ébranle. Et c’est le Pentagone, qui avait eu probablement vent de ces négociations secrètes, qui a donc décidé d’intervenir, disons pour sauver le monde libre auquel les États-Unis appartiennent, et intervenir. Tout ceci c’est de la haute politique. Ce n’est pas mon domaine. Ce qui était inacceptable, c’est que, en accord avec Copenhague, Washington ait choisi le lieu sacré par excellence dans l’histoire Inuit. Thulé qui est au cœur même de la vie de ces 302 Inuits, sans leur demander leur autorisation. Les mettant dans un combat comme en avant dans la tranchée face à eux. C’est intolérable.

Et ma vie a changé, a basculé. Je m’excuse de revenir sur ce moment de ma vie. J’étais seul étranger lorsque je me suis approché du général de l’US Air Force pour me présenter. J’avais de longs cheveux. Je n’avais pas vu de blancs depuis des mois. J’avais tué un ours. J’entendais parlé de légendes absolument singulières d’hommes qui se transformaient en phoque. Et le général devant moi me dit : « Vous êtes français, qui vous autorise à être sur une base américaine ultrasecrète ? » Je lui dit : « Oh, mon général, mai qui vous autorise à être sur un territoire inuit ? » C’était un homme intelligent ; il s’est retiré sous sa tente. Quelques secondes après est arrivé un aide de camp : « Vous êtes libre. »

J’ai beaucoup réfléchi et je me suis isolé. Qu’est-ce qu’il fallait faire ? Les Inuits étaient abandonnés. En fait cette base est restée ultrasecrète pendant trois ans. J’étais le seul témoin. J’étais appelé à revenir au sud. Et j’ai décidé de m’engager pour les Inuits, donc de sortir de cette réserve que je comprends chez les scientifiques, et de m’engager dans la défense de ces minorités qui, incontestablement dans cette action, me provoquait. Ça veut dire que le scientifique peut être au service d’une cause humanitaire, ou peut en discuter. Ça peut très bien ne pas être utile pour une carrière. Mais il peut aussi envisager sa vie autrement. Toute ma vie a été à la recherche d’une vérité. Et c’était la même recherche quand j’étais avec mes pierres, ou quand je parlais avec les Inuits de la rivière Back (Back River) et des béatitudes. Et si les Inuits comme les sibériens étaient avec moi, c’est qu’il y avait cette rencontre. Car eux aussi sont dans l’angoisse. Les Inuits n’ont pas beaucoup de chance. Voilà comment cette rencontre avec notre Occident se dramatise. Il y a eu non seulement une base américaine, mais quelques années plus tard le 21 janvier 1968, un B52 (c’est-à-dire un gros bombardier américain) s’est écrasé avec quatre bombes H ! Trois se sont pulvérisées, la quatrième est toujours sous l’eau. On ne peut pas dire véritablement que cette rencontre entre l’Occident et ce peuple emblématique de tout l’Arctique soit heureuse. C’est la raison pour laquelle j’ai encore davantage engagé ma pensée à leur côté. Vous savez que pour cette raison j’ai été cinéaste. J’ai fait quatorze films, que j’appelle des films d’urgence. Et ces films viennent de paraître en DVD collector : « la saga des Inuits ». Ils ont été projetés sur France 5, et j’en remercie France5.

Mais les Inuits véritablement n’ont pas eu de chance parce que dans cette rencontre brutale. Que ce soit à Thulé ou dans d’autres exemples non moins dramatiques en Sibérie, ces rencontres ont été violentes et brutales. Mais jamais avec ce cynisme que je vois actuellement. Encore moins dans le Canada. Une opération du type de Thulé ne s’est jamais faite. Les politiques qui étaient conduites étaient toutes incertaines. En fait, on accompagnait ces peuples dans une évolution assez confuse et peu affirmée. Ce qui fait que par l’évangélisation ou par des écoles aux programmes d’écoles mal compris, on les dénaturait. Et l’Occident a un génie de déstabiliser les peuples qu’il administre, qu’il protège, avant même de s’emparer de leurs biens et de leurs territoires. Vous connaissez cette phrase célèbre de Condorcet : « Deux hommes ont dominé l’Occident, les hommes de loi qui nous définissent les règles pour prendre les biens, et les prêtres pour gérer leur conscience. » Donc je dis qu’ils n’ont pas eu beaucoup de chance parce qu’un autre grand évènement arrive. Alors même qu’ils étaient en train, grâce à des conseillers de tous ordres comme des mouvements humanitaires, d’avoir des territoires autonomes qui n’étaient pas que des coques vides : Nunavut, Nunavik, des territoires autonomes chez les Sames (c’est-à-dire les Lapons). Bref, une vie nouvelle qui paraissait devoir s’organiser. Mais il faut du temps pour qu’un peuple s’organise en nation. Pensez à la Gaule devenant le royaume de France. C’est long ! Ce sont des siècles. Là, ce sont des dizaines d’années. Et à ce moment même, arrive le réchauffement climatique !

Le réchauffement climatique prête à beaucoup de commentaires. Comme nous sommes toujours sous le titre du compassionnel, c’est mal ! Personne n’a compris pourquoi la nature, en se réchauffant, fait mal. Toute l’histoire de la nature est faite de hauts et de bas. Dans ma vie de géomorphologue, j’ai été paléoclimatologue. Nous, les paléoclimatologues, faisons des tranches dans des tourbes. Ce qui est extraordinaire, c’est que de 5 cm en 5 cm, je passe de 100 ans en 100 ans. Je prends des foraminifères que je fais examiner par des spécialistes, et on a la température, l’humidité, bref, toute l’histoire de l’Arctique. Là, il y a un moment plus important à souligner. Je ne rentre pas dans les querelles qui sont tout à fait habituelles chez les académiciens. C’est inutile. Ce qui est certains, c’est qu’il y a accélération du réchauffement. C’est une certitude. Je viens d’apprendre tout récemment qu’un immense morceau de glace vient de se disloquer. Et ce n’est qu’un signe parmi d’autres. Ce qui est plus grave, pour en revenir à l’Arctique, c’est que le Groenland, qui est la grande île glacée. Cinq fois la surface de la France. Un glacier de 3.000 mètres d’épaisseur. Ce glacier est en cours de recul très rapide. Si il y a un bon indice, c’est le glacier du Groenland où des nombreux hommes politiques ce sont rendus, en particulier le ministre d’État, M. Borlo, et où il y a un recul très très rapide de ce glacier. Tout ceci est clair et évident. Que va-t-il se passer ? L’Arctique change !

L’arctique change. Est-ce pour le bien ou le mal ? Alors, pardonnez-moi, là c’est un peu plus difficile. D’abord il faut rentrer dans la tête des habitants. Les habitants ne sont pas toujours contre. D’abord, prenons les capitales. Elles sont très satisfaites. Ottawa ! Washington ! Moscou ! Ce sont des espaces immenses qui vont être, oserais-je dire, gérables sur le plan du développement accéléré. Car le miracle pour les blancs, qui administrent et peut-être pour les autochtones, c’est qu’il y a du pétrole. Ce maudit pétrole ! Il y a du gaz ! Il y a des minerais ! Donc, ces régions sont extrêmement riches. Qui plus est, nous sommes dans des espaces où il y a deux lignes de shipping décisives. Le passage du Nord-Ouest qui fait communiquer l’Atlantique avec le Pacifique par la voie la plus courte, qui évite donc Panama et les grands détours. Et puis, le passage du Nord-Est sibérien découvert par Nordenskjöld (mon illustre prédécesseur, qui était finlando-suédois) qui est la route entre Mourmansk, Yokohama, Shangai. Tout ceci, c’est demain ! Pas après-demain. C’est demain !

Déjà, sur la route du passage du Nord-Ouest, à Tuktoyaktuk ou Coppermine, ce sont des Canadiens du sud, des Américains (qui viennent avec leur famille) comme des géologues. De grandes entreprises s’installent. On met en valeur cet espace ! Cet espace n’est pas seulement un espace d’exploitation, mais aussi d’immigration ! Ce sont des milliers, des dizaines de milliers de Sud-Canadiens, d’Américains, de Pakistanais qui viennent en particulier, et de Chinois qui viennent pour travailler dans les mines (en particulier à Yellowknife). Donc c’est une révolution ! Puis-je vous permettre de vous rappeler que l’Alaska, ce n’est pas du Jack London. Nous n’en sommes plus à Dawson City. Nous n’en sommes plus aux chercheurs d’or, qui sont passionnants. Je suis transporté quand je relis Curwood ou Jack London. Quelle nouvelle que « Le faiseur de feu » ! Mais ce temps est fini. Il y a 600.000 Alaskiens blancs qui sont dans le Nord.

Prenons le Nord sibérien. Vous savez que la grâce de la vie a fait que le Président Gorbatchev m’a donné de grands moyens. J’ai conduit l’exploration en Tchoukotka. Une expédition soviétique ! Je crois que mon cas est unique. Une expédition de huit savants que j’ai choisi l’un après l’autre, avec une équipe soviétique de films. Et le film a été projeté sur « Planète ». Il s’appelle « Syndrome Tchoukotka ». Après cette expédition, j’ai été un des cofondateurs de l’Académie Polaire d’État à Saint-Pétersbourg. C’est un organisme puissant sous l’égide de l’ENA (École Nationale d’Administration) qui y concourt. Il y a 27.000 m² ! Je fais partie d’une pièce. Il y a 1.600 élèves Nord-Sibériens, et maintenant il y a des Russes. Ce sont des cadres. Bon, ce sont des aparatchicks. Ce ne sont pas des Montesquieu. Ils gèrent. Ce sont des directeurs d’école ou des directeurs de lycée. C’est une nécessité. Puis-je me permettre de dire à France-Culture qu’il mérite de faire une enquête intéressante ? La langue française est la première langue étrangère obligatoire dans cette institution ! Tout fonctionnaire doit savoir la langue de Racine.

Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Ces forces qui s’organisent sont impuissantes devant cette marée qui vient du Sud, aussi bien en Sibérie. Je reprends le cours de ce que je voulais dire. Des dizaines de milliers dans le nord du Canada. 600.000 Blancs dans le nord de l’Alaska. Mais ce sont des millions de russes (russiens) qui sont dans le nord de la Sibérie. C’est un changement d’époque. Le Nord change ! Le Nord se constitue. Un nouveau peuple du Nord est en train de naître !

Les Inuits, les Indiens qui étaient en groupes, les Nunavuts, ont à inventer très vite leur nation. S’il doit y avoir une nation, ce sera au Groenland. Et le Groenland vient de signer un accord très important avec Copenhague pour se partager à 50/50 des possibilités de mines et d’exploitations pétrolières afin de pouvoir payer leurs dettes et acquérir leur indépendance. Ils sont 55.000. Ils n’ont peut-être pas encore la taille critique mais ils veulent leur indépendance. C’est très probablement le territoire, l’espace où les Inuits ont le plus de chance de constituer, s’ils défendent becs et ongles leur identité ! Car la grande affaire du pétrole, c’est qu’il accélère la rencontre des hommes et des femmes. Le métissage est physique et mental ! C’est la mondialisation ! Nous sommes donc là devant un moment tout à fait important dans l’histoire de ces peuples où ils sont en train d’inventer un nouveau concept. Dans les réunions que nous avons à l’UNESCO avec moi-même dans cette commission de l’Arctique, nous sommes résolus à faire entendre la voix des Autochtones mais aussi la voix des Blancs. Et également, dans un bureau international d’études, nous voulons faciliter la connaissance de la collecte de tous les résultats des centres de recherche qui sont sur les littoraux arctiques et qui sont la propriété de ces Nations. Sous l’égide de l’UNESCO, il est important qu’ils soient à la disposition de tous. Afin qu’on comprenne mieux le changement de climat, la pollution et les autres événements qui se produisent.

Mais ne perdons pas le cours de ce que je dis. L’Arctique devient un nouveau Moyen-Orient ! C’est le pétrole ! Et c’est ça leur malheur ! Parce que ça va aller très vite. Et là, nous sommes devant un grand dilemme. Pourquoi développe-t-on les peuples ? Est-ce pour leur bonheur ? Et qui sont les maîtres ? Ce sont les grandes banques. Ce sont les grandes forces financières. Il ne faut pas se faire d’illusion. Ce sont les grandes sociétés qui prennent des risques considérables. Je ne vois pas au nom de quoi elles vont, en quelque sorte, s’auto-organiser pour protéger les peuples et ces espaces. Parce que cette découverte du pétrole et du gaz, et la possibilité de les exploiter arrivent au moment même où on sait que le réchauffement climatique va être très périlleux pour ces régions. Et au-delà des régions, si nous changeons d’échelle pour parler de la Terre, on peut discuter des Inuits qui étaient au Musée de l’Homme et maintenant il y a le Musée des Arts Premiers. On admirera leurs masques. On ne peut pas toujours être Gaulois. Vous pouvez entendre ceci fréquemment dans les chancelleries. Et en fait, c’est dans les esprits. Il y a un temps pour tout dans l’histoire. Il faut passer. Personnellement je ne l’accepterais jamais parce que, ce que nous savons dans l’histoire, c’est que la biodiversité est notre capital génétique. C’est notre coffre fort génétique de la Nature. Et on est en train de le détruire.

Des maladies, que nous ne pouvons pas soigner, pourront l’être dans les décennies à venir grâce à des plantes que l’on va découvrir. Car il en reste beaucoup à découvrir. Et entre temps nous aurons détruit cette biodiversité. Alors tout ceci émeut. Mais ce qui m’a toujours frappé, c’est que l’on est très convaincu que le racisme c’est mauvais. Il faut absolument être respectueux de l’autre. Par contre, jamais on na parle du racisme culturel ! Jamais ! C’est-à-dire de la supériorité d’une culture sur une autre. Car il est sous-entendu que parce qu’on a découvert avec Pierre et Marie curie, on est en avance. Cependant ceux qui sont encore, avec des moyens assez modestes, en train de suivre leur propre cheminement civilisationnel sont en arrière de l’Histoire. Et à ce titre, on considère qu’il y a des hiérarchies. Rien n’est plus faux ! Alors, naturellement que sur le point technique, le fellah égyptien n’est pas à la hauteur, oserais-je dire, d’un membre de l’Académie des Sciences. Est-ce si sûr ? On commence à se poser des questions. Le progrès, qui est obsessionnel chez nous, mène à quoi ? On est en train de se battre pour le lundi férié de la Pentecôte. Mais qu’est-ce qu’ils vont en faire ? Ils se tueront un peu plus nombreux sur les routes. Il faudrait quand même savoir quel est le sens de nos vies. Pourquoi sommes nous là, sur Terre ? Ça c’est une question fondamentale.

Je reviens à ces rencontres que j’ai eues avec les Inuits. Pourquoi m’y suis-je attaché ? Au-delà des pierres, au-delà de ce dialogue que je dirais à la d’Alembert, que l’on pouvait avoir sur les pierres, sur le monde, il y a une interrogation : Qu’est-ce que la vie ? Hors leur vie est courte ! Car ils ont une espérance moyenne de vie très réduite. Quand j’étais à Thulé en 1950, compte tenu de la mortalité infantile, l’espérance moyenne était de vingt ans pour une femme et de vingt ans pour un homme. Assez curieusement, il y avait une surmortalité féminine. Donc, il y a une intensité ! Et il y a chez eux une autre forme de pensée, de philosophie. C’est la sagesse ! Alors, c’est une autre approche. Et je suis convaincu que lorsque à l’Élysée il y a eu une grande rencontre des citoyens de la Terre en février 2007, un des moments forts a été lorsque sa Sainteté Bartholomé Ier, patriarche de Constantinople, nous a dit : « Mes collègues, mes très chers amis, j’arrive d’Amazonie, j’ai écouté les peuples premiers et je pars au Groenland. Je suis à l’écoute ! Il faut lire autrement la Genèse. L’Homme n’est pas sur Terre pour domestiquer la Nature mais pour être à l’écoute de ses lois. » Et c’est, je crois, la grande leçon de ces peuples. C’est une leçon d’écologie politique, d’écologie philosophique. Il y a des tabous ! Il y a des règles qu’il ne faut pas enfreindre. Malheureusement les Inuits n’ont pas beaucoup de chance parce qu’au moment même où on leur donne leur autonomie, au moment même où ils prennent conscience de leur personnalité, la tentation est là ! C’et l’or ! L’or noir ! Alors, pardonnez-moi, l’histoire est connue. Ils vont devenir des collaborateurs de ces sociétés pétrolières. Je ne voudrais pas que ce soit l’Irak. Mais songez à ces pauvres Irakiens auxquels ont avait promis la liberté. Peut-être un million d’hommes sont déjà morts. Il y a donc, je crois, par delà ces réflexions désabusées, une autre réflexion qui est une réflexion sur la Terre. La Terre est menacée !

Il y a là, dans cet essai « Terre Mère », une rencontre dramatique. Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage. Si nous n’y prenons garde, ce sera un développement dévastateur. La Terre souffre. Notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera.

60% des écosystèmes sont exploités au-delà de leur capacité. 60% ! Une espèce végétale sur six, une espèce de mammifères sur quatre, une espèce d’oiseaux sur huit sont actuellement considérées comme menacées d’extinction. Près de 30.000 espèces vivantes terrestres ou marines disparaissent chaque année. À ce rythme, 50% des espèces pourront disparaître d’ici l’an 2100. Incontestablement il est nécessaire que nous intervenions sinon la biodiversité qui décroît à un rythme dramatique va placer l’homme à un point tel qu’on pourra la qualifier de sixième grande extinction.

Je voudrais également rappeler quelques chiffres de température. Les conséquences du réchauffement sont certaines. Ce réchauffement à venir, on peut l’évaluer entre 1,4 et 5,8 centigrades d’ici la fin de ce siècle selon le GIEC (Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). À l’échelle planétaire, la conséquence de ce réchauffement est une déglaciation. Moi, j’ai beaucoup travaillé là-dessus. J’ai fait des cartes. Ce glacier est sec. Donc le glacier du Groenland qui est en auto-équilibre ne se maintient que parce qu’il y a une réserve de froid qui vient du glacier humide qui est la grande masse des deux tiers du sud du Groenland. Tout ceci peut se déséquilibrer. À ce moment là les modélisations ne rendront pas compte d’une accélération, et ce relèvement des mers (ce qu’on appelle relèvement eustatique) va être difficile pour nos ports, pour nos littoraux. Et dramatique dans la Pacifique. Vous avez le Bangladesh, les îles du Pacifique. Les conséquences du réchauffement pourraient provoquer la migration de plus de 200 millions de personnes !

Par ailleurs, ce que l’on sait, c’est que dans ce programme général onusien, il va falloir mobiliser des sommes considérables. Lors de cette conférence de la Terre à laquelle j’ai participé sous la direction d’Alain Juppé qui était remarquablement organisé, il y avait en particulier Sir Nicholas Stern qui était conférencier du gouvernement britannique. Il nous a fait remarqué qu’un action collective est absolument nécessaire sur le plan financier. Elle est possible. Au fil des ans, elle pourrait atteindre 5.500 milliards d’euros. Soit près de 20% du PIB mondial si on ne réagit pas immédiatement. Alors qu’une action collective immédiate devrait représenter un effort d’environ 1% du PIB mondial. Si nous sommes obligés d’attendre, 20% du PIB mondial correspond à un crack financier ! Sans illusion, un crack implique des guerres entre ceux qui peuvent se protéger et les malheureux. Donc, c’est vraiment une crise dramatique.

Je suis attaché, non pas au problème de climatologie proprement dit, et qui rassemble de très grands experts, mais à la défense des peuples eux-mêmes. Car j’ai parlé de la biodiversité mais je dois parler du pluralisme culturel. Si la mondialisation continue à se développer, c’est, oserais-je dire, la « médiocrisation » ! Il n’y a de dialogue que quand il y a différence. La différence, c’est les langues ! Une langue, c’est le support d’une pensée. Et par conséquent il faut souhaiter ce pluralisme culturel. La défense de ces peuples est une nécessité. J’ai toujours été au côté de ces peuples premiers parce que non seulement ils ont des langues, mais ils ont des philosophies. Voyez-vous, pendant très longtemps, on s’est interrogé sur le sens de la vie. On continue à le faire. Je vais aborder Spinoza, ça va fâcher avec beaucoup de monde…

Ruth Stégassy : Allez-y !

Jean Malaurie : La grande question qui nous mobilise tout : « Quel est le sens même de nos vies ? » La mort est manifestement une interrogation. Trois religions révélées nous ont fait apparaître une relation singulière entre l’homme et Dieu. Dieu ayant créé l’homme. Il se trouve que les populations de langue orale dont j’ai partagé la vie sur place pendant près de dix années, par l’étude pendant près de cinquante ans de ma vie, indiquent leur extraordinaire prudence. Il y a une évolution, un évolutionnisme. Lorsqu’on les écoute et qu’on essaye de replacer ceci en réflexion, dirais-je, plus structurées, on s’aperçoit que c’est une philosophie de la Nature, que c’est ce qu’on appelle un transcendantalisme. C’est une vision que, par exemple, un John Muir a eue, ou un John Borrows ou un Thoreau. Il se trouve qu’un homme, à vingt-trois ans, s’est posé cette question. On lui a demandé : « À quoi crois-tu ? » « Je ne crois pas comme vous. Vous, vous parlez d’un Dieu créateur. Pour moi, la Nature, c’est Dieu. » Cet homme a été frappé d’anathème. C’est Spinoza ! Il redisait ce que des sociétés millénaires dans des régions tout à fait perdues, dans des forêts tropicales, dans des régions désertes du Grand Nord, ont exprimées sous forme d’animisme. C’est-à-dire cette compréhension d’une relation singulière entre l’homme et la Nature parce qu’il y a communion. Nous procédons de cette Nature. Nous sommes divin ! C’est Plotin ! Il n’y a rien là de si hérétique.

Et ce qui m’a toujours enchanté, au sens propre du terme, avec ces hommes, c’est qu’ils sont heureux dans un des climats les plus cruels. Avec des vies si difficiles, ils étaient sous le signe de l’allégresse. La vie est une grâce ! Chaque matin est une chance ! Ils ont construit des métaphores, avec une intelligence extraordinaire, telles que la Nature est à leur service. Elle vient les rendre heureux. L’oiseau nommé le mergule traverse tout l’Atlantique pour quoi faire ? Pour se faire manger tout cru par l’homme qui les attend. Pourquoi la baleine, traverse avec tant de difficulté le Pacifique Nord puis les glaces du détroit de Béring soulevant de son corps cette énorme carapace de 2 mètres ? Pour se faire manger par l’Inuit. Et l’ours ? Dans une maison que j’appelais ma cabane de poète, mon abri de poète, face à la Tchoukotka lorsque je vivais dans l’île Saint-Laurent perdu dans la mer de Béring, est venu un soir un homme avec une tête d’ours. Il s’est mis dans ma cabane en position de lotus, a pris une pipe et a commencé à tirer sur sa pipe, puis l’a donné à l’ours, l’a mis dans sa gueule, à mis une petite blague de tabac. J’en ai même le dessin qui a été gravé sur un ivoire parce que c’est ainsi qu’ils voulaient me transmettre leurs légendes, pour qu’elles soient très claires. Il a donc commencé à chanter. Il a remercié l’ours de lui avoir rendu visite. Et ces métaphores vont si loin qu’il y a une légende selon laquelle dans le détroit de Béring il y a une baleine qui va coïter de façon singulière avec une femme pour faire naître un baleineau. Nous sommes sur le cap de Dejnev dans l’extrême nord-est de l’Asie. C’est un peuple qui, hélas, a disparu. C’était un peuple esquimau chasseur de baleine qui a construit une petite piscine en pierre pour que le baleineau imaginaire puisse un peu nager avant de regagner la grande mer. Donc ils vivent dans un espace de félicité.

Je voudrais que les auditeurs de France-Culture comprennent que ces peuples ont un sens. L’Histoire, comme me le rappelait mon grand maître Lucien Fèvre, a une pensée interne. Nous ne connaissons pas cet ordre caché parce que nous ne connaissons pas le début (il est si loin) et nous ne connaissons pas la fin. Mais il y a un sens. Et ce n’est pas par hasard que ces peuples amazoniens sont là. Maintenant. Nous allons publier dans « Terre humaine » un récit tout à fait extraordinaire d’un chaman du peuple des Yanomamis qui est un texte un peu difficile. Il est éduqué chaman. Il s’est affirmé chaman. Il s’appelle Davi Kopenawa. C’est un des grands maîtres indiens qui va défendre son peuple. Il est allé à New-York. Il est même allé à Paris où il a vu le musée de l’Homme. Il considère que nos pensées sont très médiocres. Et que, réellement, nous sommes en arrière. Tous ces peuples ont beaucoup à nous apprendre. J’ai évoqué la remarque de Spinoza, mais c’est une remarque qui suit toute notre inflexion dans la mesure où elle est libre, où elle est hors de tous ces dogmes qu’on nous a enseignés. Soyons libres de nos pensées ! C’est donc très bien qu’il y ait dans un musée des Arts Premiers des masques, mais ce n’est pas simplement dans un but esthétisant. Il faut peut-être réfléchir à ce qu’il y a derrière ces masques. Il y a une pensée ! Et cette pensée, elle va ! Elle fait son chemin ! Et pour que la route leur soit frayée, il est indispensable de leur permettre, à Nunavut, à Nunavik, à cette grande île du Groenland, d’être patriotes pour le meilleur.

Donc je prône avec l’UNESCO le développement d’universités tout à fait nouvelles qui leur permettent d’avoir des élites qui ne soient pas là seulement à se battre pour leurs droits pétroliers ou pour des gouvernements autonomes qu’ils inventent. Pour inventer, il faut qu’il y ait une toute autre approche. Il ne faut pas que ce soit des universités de type occidental. Ce n’est pas ça du tout. Il faut les deux ! Il faut qu’ils respectent leurs patrimoines, défendent leurs langues, qu’ils défendent le meilleur de toute cette pensée, qu’ils continuent à être constructifs. Regardez ces artistes canadiens que sont les Inuits, qui avec une remarquable intelligence, ont montré cette hybridation singulière entre l’homme et l’animal. Ils nous surprennent non seulement avec ces stéatites sculptées mais encore avec des peintures. Mais il y a également une nécessité. Il faut qu’ils s’ouvrent au monde moderne. Il faut donc que ce monde moderne mette en valeur leurs forces pour pouvoir inventer. Ils ont un talent extraordinaire, par exemple en informatique. Il faut donc qu’ils deviennent des maîtres en informatique. Ce sont des hommes qui sont passionnés par l’espace ! L’Inuit, dans toutes ses légendes, considère que la Lune est un des grands esprits. Il faut donc qu’à Thulé il y ait un centre inuit de l’espace. Il faut qu’ils deviennent des maîtres et des ingénieurs de l’espace. Alors, est-ce que c’est utopique ? Pas du tout ! Il y a une île, une grande île, qui a donné la leçon au monde. Cette grande île était très pauvre au XIXème siècle. Les hommes vivaient des moments très difficiles. Ils avaient quelques vaches, quelques volailles, et puis ils pêchaient. C’est l’Islande ! Ils étaient très très pauvres. Puis ils ont obtenu leur indépendance le lendemain de la deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui avec plusieurs universités, douze établissements d’enseignement supérieur, ils ont le revenu le plus élevés en Europe. Et sans pétrole ! Donc je considère que dans cette commission de l’UNESCO, les Islandais joueront un rôle décisif. Que l’on ne se trompe pas. Je ne suis pas pour que les Inuits ou les Sames deviennent, oserais-je dire, d’autres Occidentaux allant sur ce chemin perdu. Non ! Il faut que par une science nouvelle, on invente une autre écologie. L’écologie est une autre sagesse. C’est une rupture d’écologie politique.

J’ai un dernier mot. Le dernier mot fâchera un certain nombre de personnes. Révolution écologique, oui ! Mais une révolution éthique ! Ceci veut dire que les mécènes ne doivent pas être les pollueurs de notre univers : pétroliers, chimistes… Je vais vous en prendre une image. Ces grands industriels du tabac qui subventionnent les grandes ligues contre le cancer, et qui de ce fait, paraissant humanitaires, augmentent leurs chiffres d’affaires. Révolution écologique, oui ! Mais, s’il vous plaît, révolution éthique !

Ruth Stégassy : Nous avons évoqué avec Jean Malaurie son petit livre « Terre Mère » paru aux éditions du CNRS mais sa bibliographie est évidemment bien plus vaste. Vous pourrez la trouver sur notre site france-culture.com. Profitez en pour télécharger cette émission pendant une semaine, ou consultez notre revue de web hebdomadaire. Vous pouvez également nous téléphoner pour avoir ces bibliographies au 01.56.40.36.72, ou nous écrire à « Terre à terre » France-Culture, 116 avenue du Président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16. « Terre à terre » vous est proposée par Ruth Stégassy. Préparation, préparation, documentations, Laurence Jennepin, Anne Gouzon, mixage, Romain Lenoir, réalisation Olivier Bétard. Bonne semaine à tous.

 

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