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Une mer sans poissons

Emission du 12 juillet 2008 / Catégories : Catastrophe, Eau

Description

Avec : Philippe Cury, directeur du centre de recherche halieutique méditerranéenne et tropicale de l’Institut de recherche et développement (IRD) et Yves Miserey, journaliste scientifique au Figaro, auteurs de « Une mer sans poissons » (Calmann-Lévy, 2008).

Invités

  • Philippe Cury, directeur du centre de recherche halieutique méditerranéenne et tropicale de l’Institut de recherche et développement (IRD)
  • Yves Miserey, journaliste scientifique au Figaro, auteurs de « Une mer sans poissons » (Calmann-Lévy, 2008)

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Transcription

Ruth Stégassy : Ce matin, un directeur de recherches à l’IRD, et un journaliste au Figaro, s’associent, pour donner une œuvre magistrale. Philippe Curie et Yves Miserey, vous cosignez un livre au titre inquiétant, Une mer sans poissons (Ed. Karl Lévy) ; un journaliste scientifique qui s’intéresse aux côtés historiques, ethnologiques, sociologiques, d’une question qui est toujours présentée de manière extrêmement partielle, partiale, comme si seul le groupement existait. Tout votre travail, c’est de sortir du groupement, et d’essayer de contextualiser et de montrer une image très large dans l’espace, puisque toute la planète est concernée. Très large dans le temps aussi, puisque vous commencez par rappeler les origines de ces relations entre l’homme et l’eau ; l’eau de la mer, l’eau des rivières. Des relations qu’on découvre de plus en plus anciennes, à mesure que les recherches avancent.

Philippe Cury : Oui. De plus en plus, on commence à s’intéresser aux découvertes paléontologiques. Il y en a beaucoup, qui sont actuellement en Afrique du Sud notamment, puisque c’est une des rares zones côtières qui en fait n’a pas été envahie par la montée des eaux. C’est vrai qu’on commence aussi à chercher ailleurs, et il y a des opportunités, notamment du côté de l’océan Indien, où on voit que les homo sapiens, en quittant l’Afrique, ont sans doute longé pendant longtemps les côtes, et ont pénétré les continents, en passant par les fleuves. Et cette découverte, montre que finalement, les premiers hommes n’ont peut-être pas été des hommes terrestres ; mais dans leurs pérégrinations, ils ont été le long des côtes. Et à cette époque là effectivement, ils bénéficiaient de ressources alimentaires : des mollusques, des poissons, sans doute des grands mammifères qui étaient échoués parfois le long des côtes. Donc on voit que la mer a eu un rôle très important au début. Et du coup, la problématique actuelle d’épuisement des ressources marines prend un relief. Parce qu’on peut dire à ce moment là, qu’on arrive à une période où les hommes, on le voit bien avec le tourisme, reviennent vers la mer, au moment où les ressources disparaissent. Donc on a l’impression qu’une boucle s’est bouclée. Mais le nœud du problème, pourquoi on en est arrivé là ? C’est tout l’intérêt des recherches qu’on a pu faire dans le domaine historique. C’est de se rendre compte qu’en fait, la pêche a basculé. Il y a eu une longue période, qu’un historien des sciences appelle la période aborigène, où l’homme ramassait ce qu’il y avait sur place. Et il y a eu ensuite une deuxième période, qu’il appelle la période coloniale, où là en Europe, vers le 12-13ème siècle, les hommes ont commencé à aller pêcher un peu plus loin que le long des côtes.

Ruth Stégassy : Donc coloniale, au sens où il s’agissait de ne plus se contenter de son propre territoire, mais d’aller chercher sur d’autres territoires.

Philippe Cury : Voilà. Et ça, c’est une grille de lecture qui est à mon avis très intéressante, parce que quand on dit colonial, on pense toujours à l’empire colonial français, le Commonwelth, etc. Mais mettre sur le même pied l’exploitation des ressources marines, c’est à mon avis un moyen de placer la problématique écologique dans un contexte historique et politique. Et pas seulement comme une activité annexe, comme on a trop souvent tendance à le faire. C’est-à-dire que la pêche coloniale a démarré au 12ème siècle, en mer du Nord, autour du hareng. Les activités de pêche à l’époque : c’est vrai que les captures étaient nettement moins importantes qu’aujourd’hui. Mais dans un contexte où les problèmes alimentaires, la pauvreté, se posaient à l’intérieur du continent européen, ça a représenté une ressource considérable. Or le hareng, avec son mode de reproduction, son abondance extraordinaire, est apparu un peu comme une manne. Donc on a vu se mettre en place un système de pêche, où les harengs étaient pêchés, conditionnés, salés, et finalement distribués à travers toute l’Europe. Donc on a pensé à cette époque que les ressources marines, les poissons, pouvaient représenter une sorte de ressource inépuisable.

Ruth Stégassy : En fait, vous dites que ça a véritablement structuré ou créé des systèmes, cette pêche miraculeuse – terme qui a persisté jusqu’à nos jours -, puisqu’en effet, on a commencé à mettre en place des systèmes industriels. Et il s’agissait pour la première fois d’aller chercher des ressources loin des yeux du cultivateur. Il y a une phrase que j’ai trouvée très importante dans le livre, où vous expliquez que du simple fait qu’on extrait le poisson de l’eau, il arrive sur le pont déjà mort ; et donc déjà ça n’est plus un animal, mais un aliment d’une certaine manière. Donc c’est tout un regard sur la ressource alimentaire.

Philippe Cury : Oui. Et c’est vrai qu’il y a une sorte d’extéritorisation de la production alimentaire, qui était quelque chose de très nouveau. Parce que quelle était l’alimentation par exemple en hiver pour la plupart des gens ? C’était le cochon. Il y avait quelque chose d’individuel, c’était vraiment une alimentation domestique. Or là, pour la première fois, on a une alimentation qui est quasiment une alimentation industrielle. Ces produits circulaient partout. Et il faut bien voir une chose : la ligue ancéatique (? ) qui est le signe avant-coureur du capitalisme, s’est bâtie sur le hareng. Et très tôt, il y a eu aussi un autre phénomène consubstantiel à l’histoire de la pêche : c’est les rivalités nationales. Autour du hareng, autour de la ligue ancéatique, il y a eu une sorte de guerre entre le Pays Bas et les Anglais, pour la suprématie. Et ce qui s’est passé, c’est que comme les ressources marines n’appartiennent à personne, ça a été très vite mis en questionnement. Et d’autres pays se sont intéressés à ces ressources, et sont allés les chercher. Le hareng a été le détonateur. Et ensuite, il a fallu aller chercher d’autres ressources. D’autres pays n’avaient pas accès, étaient éloignés ; et il a fallu aller plus loin. D’où la morue de Terre Neuve. On pense que les Basques ont été les premiers à la découvrir, tout simplement parce qu’ils étaient à la recherche des grands mammifères (baleines). Comme il n’y en avait plus dans le golfe de Gascogne, il fallait aller plus loin. Et ils ont trouvé, un peu par hasard, cet extraordinaire vivier de poissons, qu’étaient les bancs de Terre Neuve. C’est immense, un très grand territoire. Là, ce sont les pays comme l’Espagne, la France, l’Angleterre, les Pays Bas, qui se sont disputés la ressource. La façon dont ça s’est passé, le fait que les pêcheurs partent dans ces conditions difficiles, très dures, pour aller chercher du poisson, c’est dans un contexte de rivalité, où personne n’est propriétaire de la ressource. C’est le plus fort, celui qui a le plus de moyens, qui se sert et qui rafle tout. On voit que finalement, pour la conquête de l’Amérique du Nord, cette appropriation, cette avidité à s’emparer de la ressource marine, s’est transportée aussi dans le domaine terrestre. Et la colonisation nord-américaine a quelque chose de marin. Au fond, les colons européens sont arrivés, et ont dit : cette terre est à nous. Alors qu’il y avait d’autres personnes. De la même façon, à Terre Neuve, on sait que les pêcheurs européens ont éliminé les indigènes qui se trouvaient sur place.

Ruth Stégassy : Alors attendez, parce que vous dites beaucoup de choses. En fait, là on a le sentiment que vous avez campé un paysage qui est toujours celui dans lequel nous évoluons : paysage mental, paysage politique, paysage social, paysage des représentations. De fait, ce que vous dites, c’est qu’à partir du hareng, d’énormes structures économiques et commerciales se sont mises en place. La ligue ancéatique ; il faut y ajouter la structuration de l’économie anglaise, française. Il faut parler aussi de l’implication immédiate des Etats à une époque où les nations n’étaient pas aussi puissantes qu’aujourd’hui comme représentation politique. Mais de fait, ça a peut-être permis, cette pêche au hareng, puis à la morue, de structurer l’idée, la notion de nation, qui émerge au 19ème siècle. Et puis il y a aussi la représentation de la mer, comme appartenant à tous et donc à personne, donc sur laquelle tout est permis. Et il y a enfin – et j’aimerais que vous insistiez là dessus – cette représentation de la ressource marine comme totalement inépuisable. Et là, il y a des textes tout à fait extraordinaires : Jules Michelet, Alexandre Dumas, Dumonssot, qui raconte de manière saisissante la façon dont la ressource pouvait apparaître comme inépuisable ; mais elle apparaissait presque comme inquiétante. C’est-à-dire qu’il y avait une espèce de nécessité de piocher dedans, parce que sinon, c’est comme si la mer la terre, les poissons allaient recouvrir les humains.

Philippe Cury : C’est exactement ça. Et cette impression de surabondance, de ressource inépuisable, elle vient simplement du fait que les poissons pondent énormément d’œufs. Donc à une époque où ça devait être très difficile d’arriver à trouver à manger –il y avait des problèmes climatiques, des ravageurs, les rendements devaient être très faibles -, on a trouvé dans la mer une sorte de paradis, où tout était en surabondance. Tout à l’heure, vous citiez Jules Michelet. Mais il faut voir que l’Encyclopédie est totalement dans cette vision. Donc on a un siècle des Lumières, qui en fait s’est trompé, dès le début, sur la capacité pour la mer à fournir une ressource alimentaire. C’était presque une nécessité de pêcher ; les poissons se reproduisaient trop. Donc on a exactement une idéologie inverse de la conservation : à l’époque, il fallait beaucoup pêcher pour sauver la mer.

Ruth Stégassy : Et pourtant, si on écouté Yves Miserey, il y a déjà eu des signes, puisque les fameux Basques qui sont partis et ont découvert Terre Neuve sans doute avant tout le monde, sont allés parce qu’il n’y avait déjà plus de baleines, de cétacés dans le golfe de Gascogne. Donc il y en avait eu, et il n’y en avait plus.

Philippe Cury : L’histoire de la pêche, c’est ce mode de razzia. L’exploitation d’une ressource, comme s’il s’agissait d’une ressource minérale. C’est vrai que les Basques ont très vite surexploité la baleine du Golfe de Gascogne, parce qu’on en avait les moyens techniques. Et l’histoire de la pêche, c’est aller toujours plus loin, pour trouver de nouvelles ressources. Donc la surexploitation a très rapidement été un problème, au début local, et puis maintenant global. Ca a été le hareng, puis la morue, le thon rouge, etc. Pêcher toujours plus loin, toujours plus profond. Maintenant on pêche de nouvelles espèces, de grosses espèces, et puis des espèces de plus en plus petites. Cette surexploitation est associée avec nos moyens techniques. Toute cette technologie qu’on a utilisée constamment à des fins de capture, et non pas à des fins de conservation. Donc cette histoire de razzia nous a amenés à cette période globale, où nous sommes maître des océans. Nous pouvons repérer tout poisson où qu’il se trouve, à quelque profondeur que ce soit, avec des moyens technologiques hérités des guerres. Il ne faut pas l’oublier. La pêche, c’est quoi ? C’est la chasse, dans les milieux aquatiques. Donc imaginez vous un seul instant chasser avec les moyens technologiques de l’Irak dans nos réserves ou nos parcs. C’est une situation impossible. Donc cette surexploitation, au même titre que le changement global, c’est une tragédie silencieuse et invisible. La mer se vide de poissons, parce qu’il y a cette surexploitation, cette extraction beaucoup trop importante. Des statistiques sont collectées dans tous les pays mondiaux : les ¾ des ressources sont surexploitées. On a 2 fois ½ trop de bateaux, et de capacités de pêche.

Ruth Stégassy : Quand vous dites 2 fois ½ trop, c’est par rapport à ce qu’on peut de toute façon pêcher. Ce n’est pas trop par rapport à une idée de ce qui serait juste, politiquement correct. C’est par rapport à la ressource elle-même. C’est-à-dire qu’on peut aujourd’hui avec nos bateaux pêcher 2 fois ½ autant de poissons qu’il y en a de disponibles dans les océans.

Philippe Cury : Oui. Prenons l’exemple des pêcheries du Pérou. A l’heure actuelle, vous allez voir l’activité dans les principaux ports au Pérou, vous voyez une flotte qui est en inactivité la plupart du temps, puisque cette flotte pêche 50 jours par an. C’est-à-dire que pour s’adapter aux capacités de production biologiques, les captures possibles, on doit pêcher 50 jours par an, parce qu’on pourrait pêcher 6 fois plus que ce qu’il y a dans les océans au Pérou, qui est la plus grosse pêcherie d’anchois du monde. Ca, c’est vrai au Pérou, mais c’est vrai aussi en Méditerranée, et même au Sénégal, où ils pêchent des pêches qui peuvent paraître de fable ampleur, mais qui sont extrêmement efficaces (les pêches artisanales). Donc on a des technologies qui sont foudroyantes, et qu’il va falloir adapter maintenant à d’autres fins que celles de la surexploitation. Cette surexploitation, elle a vraiment un coût. En termes de sécurité alimentaire, les captures mondiales destinées à la consommation humaine diminuent depuis les années 1990, à raison de 330000 tonnes supplémentaires par an. Donc ça veut dire que si on continue sur le même mode – le mode des razzias – en mettant toujours plus la technologie au service de l’exploitation et de l’extraction, c’est une activité qui va disparaître d’ici une cinquantaine d’années. Au même titre que la chasse. Maintenant, nos sociétés ne dépendent plus de la chasse pour survivre, d’animaux sauvages, on est passé à l’élevage.

Ruth Stégassy : Ce que vous déclarez là, c’est la 3ème période. Si on reprend ce que nous a dit Yves Miserey, vous nous avez décrit la période aborigène, la période coloniale. Et ça, c’est la période globale. Yves Miserey, vous voulez ajouter quelque chose.

Yves Miserey : Oui. Ce qu’il y a de caractéristique, c’est que pendant la période coloniale, les pays qui pêchaient apportaient le poisson pour eux, pour se nourrir. Or maintenant, avec la période globale, on s’aperçoit qu’un des principaux pays consommateurs, le Japon, n’a plus intérêt à pêcher. Il achète sur le marché mondial tous les poissons. La plupart des thons rouges de Méditerranée se retrouvent sur les marchés de Tokyo. Ce qui est nouveau, c’est que le phénomène de la pêche coloniale continue, mais elle s’est encore amplifiée, puisque maintenant c’est aux pays riches que toutes ces ressources bénéficient. C’est eux qui drainent toute cette pêche. Donc on s’aperçoit que ce ne sont plus forcément des pays pêcheurs qui pêchent, mais c’est eux qui font pêcher. Donc on n’est toujours pas sorti de cette logique coloniale ; simplement elle s’est modifiée. Mais ce qui est extraordinaire, si on voit les événements récents, avec l’histoire du thon rouge et du cabillaud, c’est qu’on n’a pas de perspectives. On ne perçoit pas ce qui se passe actuellement, comme cette espèce de machine infernale qui s’est mise en route depuis longtemps. Et les gens qui travaillent là dessus, les politiques, ont l’œil rivé avec une sorte de loupe, sur les quotas, sans se rendre compte que ce qu’il faut absolument faire – et c’est vraiment urgent de le faire -, c’est de replacer toute cette problématique dans son contexte historique et national. Si on ne le fait pas, on ce comprend rien. Et c’est pour ça qu’en France, le débat sur la pêche n’existe pas. Et on peut se demander si toute cette histoire que je viens de retracer n’est pas quelque chose qui nous empêche justement d’essayer d’entrer un peu dans cette problématique.

Ruth Stégassy : Oui, c’est un peu le sentiment que ça donne. Puisque là, vous parlez d’une machine qui s’est emballée. On a le sentiment que dès le départ, c’était une machine dévoreuse et dévorante, puisque l’avidité a été un des premiers moteurs. C’est ce que vous décrivez l’un et l’autre. Peut-être faudrait-il rester là dessus, pour expliquer l’ampleur du problème. Parce que vous évoquez la disparition des cétacés, mais il faut raconter ce qui s’est passé pour le hareng, et pour la morue.

Philippe Cury : C’est vrai que cette avidité est reliée à notre potentialité technique. Au début, les pêcheries de morues se faisaient à la ligne. Donc il y avait des centaines de bateaux très tôt, puisqu’on avait la capacité technique. Et pendant 400 ans, il y a eu cette exploitation de la morue qui s’est faite avec ces lignes. Avec Alexandre Dumas, on voit que chaque pêcheur pouvait ramener jusqu’à 300 poissons. A l’époque, la morue faisait plus d’1 m de long, donc c’étaient de gros poissons.

Ruth Stégassy : 2 m, dites-vous.

Philippe Cury : Ca, c’était la taille maximale. Une morue peut faire 1,80 m, et pondes des millions d’œufs. Et à l’époque, on avait même calculé que si on laissait les morues se reproduire, en moins de 3 ans, elles recouvriraient les océans. Donc cette technologie de la pêche à la ligne a été utilisée pendant presque 400 ans. Et puis sont venus les chaluts, avec des méthodes de pêche beaucoup plus performantes. Qu’est-ce que c’est ? On traîne un grand filet derrière le bateau, qui permet de ramasser et d’explorer des zones beaucoup plus profondes, et puis de capturer beaucoup plus de poissons. Donc ça détruit aussi un certain nombre d’habitats, et puis ça prend un certain nombre d’espèces qui n’était pas prévu, et qui ne sont donc pas commercialisées, et donc rejetées à la mer, mortes. Avec ces développements technologiques, c’est sûr notre avidité a pu s’exprimer à plein régime, et on a vu les captures bondir à 400000 tonnes, avec même des pics de 800000 tonnes. Il n’y a eu aucun frein.

Ruth Stégassy : Non seulement aucun frein. Mais pour revenir sur ce que disait Yves Miserey, une volonté de prendre systématiquement plus que le pays voisin.

Philippe Cury : C’est le drame de l’accès libre. C’est-à-dire que les pêcheurs sont des compétiteurs, et qu’on a intérêt à prendre le plus rapidement possible la ressource, pour pouvoir engranger les bénéfices, pour que l’autre pêche moins. Donc cette situation de compétition a amené à des surpêches. Et le résultat, c’est que la nature n’en peut plus, la ressource s’est complètement effondrée (la morue à Terre Neuve). Imaginez-vous une ressource exploitée pendant 400 ans qui s’effondre. Donc d’un point de vue culturel, du point de vue de la région, ça a été une des plus grosses pêcheries des temps modernes qui s’est effondrée en 1992 ; 30000 pêcheurs ont été mis au chômage. On s’est dit : bien sûr, on va faire un moratoire, on va arrêter de pêcher. Et bien évidemment, comme les morues pondent plein d’œufs, elles vont revenir très rapidement. Le premier problème, c’est que la nature n’a pas répondu à ce raisonnement humain. Et les dernières évaluations en 2007 ont montré qu’il y avait encore moins de morues qu’après l’effondrement de 1992.

Ruth Stégassy : Elles ne pondent plus ?

Philippe Cury : Hé bien, une fois qu’un poisson se raréfie dans un milieu, ils ont beaucoup de mal à reconquérir leurs habitats, et à recomposer leurs populations. Et le monde marin ne fonctionne pas du tout comme le monde terrestre. Dans le monde terrestre, vous faites des réserves. Par exemple, vous protégez les éléphants, qui ont une fécondité extrêmement faible ; et vous arrivez très rapidement à reconstruire ces populations. Dans le monde marin, il y a un jeu d’interactions entre les espèces, où le plus grand mange le plus petit. Donc on a par exemple ces morues (qui peuvent devenir très grandes, à presque 2 m de long) qui sont en nombre tellement faible qu’elles pondent des œufs qui sont mangés par les autres. Parce que l’œuf de morue, c’est l’équivalent d’œuf de hareng, de même taille. Donc finalement, le prédateur est mangé par sa proie.

Ruth Stégassy : Donc vous dites que ça a été un choc en 1992. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir tiré des signaux d’alarme. Puisque après cette période d’allégresse, d’exaltation et d’avidité, il y a eu vers la fin du 19ème, début du 20ème siècle, des signes avant-coureurs, et plus simplement des personnalités plus anxieuses, plus subtiles, qui ont deviné, imaginé que peut-être la ressource n’était pas inépuisable, et que peut-être il fallait la ressource. Ce qui n’était pas fait. Il n’était pas question de gestion, mais d’exploitation, comme une exploitation minière. Il s’agissait aussi de pêches extrêmement guerrières dans leur conception, à tel point d’ailleurs que la figure du pêcheur est une figure à la fois exaltée, héroïque, qui peut être parfois comparée à celle de soldats particulièrement courageux, braves, téméraires, et qu’il faut soutenir.

Philippe Cury : Cette notion de surexploitation a été très dure à appréhender, parce qu’au début, des discussions ont eu lieu, et se sont produites autour de la surexploitation, et ont d’abord été anecdotiques, parce qu’une espèce disparaît d’un endroit. Alors il y a eu plein de discussions au 19ème siècle. Est-ce que cette disparition était due à la surexploitation – donc à l’activité de pêche - ou à des changements climatiques – donc à des déplacements d’espèces - ? Parce qu’on sait que la sardine par exemple peut migrer en fonction des conditions environnementales. Et les Bretons ont souffert de famine en Bretagne, à cause de ces migrations d’espèces. Donc elle est restée confuse, et même lors des premières grandes conférences scientifiques qui ont été organisées à Londres, Huxley avait déclaré : on n’a pas encore les moyens techniques de surexploiter les océans, et les hommes n’auront jamais les moyens techniques à un niveau global de surexploiter les ressources marines. Donc il y avait toujours, même au début du 20ème siècle, cette notion que la surexploitation, ça n’existe pas ; et que ça serait une chose impossible.

Ruth Stégassy : De manière anecdotique, j’ai relevé que la manière pour décrire les stocks pêchés s’appelle les abondances.

Philippe Cury : Il y a aussi un discours militaire, scientifique, pour caractériser les poissons : les recrues. C’est aussi un terme à noter, cette notion de guerre contre la nature. En 1880, on a commencé les premières statistiques, et on a regardé l’évolution. Et on s’est aperçu d’une chose : les captures dans une zone augmentaient. Et après, il y avait un nombre trop grand de pêcheurs. On s’est dit : si on met trop de pêcheurs à un endroit, on va prendre trop de poissons, ils ne vont pas avoir le temps de se reproduire. Donc on a commencé à faire des mathématiques (des statistiques), et on a fait ce qu’on appelle la grande théorie des pêches. Et pour la première fois dans nos sociétés, dans les années 1950, on a fait un modèle très simple, en forme de cloche. On a dit : c’est très simple ; si on exploite, on va augmenter les captures jusqu’à un certain niveau. Et après, ces captures vont baisser, parce qu’il y aura trop de bateaux. Et finalement on va perdre non seulement les intérêts, mais aussi le capital. Ca c’est une notion simple à comprendre. Dans les années 1950, on valide ce concept mathématique et on l’utilise. Parce que dans les années 1950, au niveau mondial, on pêchait 20 millions de tonnes. Les pays du Nord se sont emparés de ce concept, et de cette formulation mathématique, en se disant : la plupart des stocks sont en deçà de ce qu’on définit aujourd’hui comme quotas, donc on peut continuer les razzias. Donc les pays du Nord, contre les pays du Sud – ça s’est produit à la conférence de Rome – s’en sont emparé, pour maintenir un accès libre dans les océans, et pour que l’activité de pêche continue de cette façon. Donc les scientifiques ont été instrumentalisés autour de cet indicateur, de ces quotas, et puis l’histoire a continué. On a mis en place ces quotas. Et l’évolution de la pêche s’est amplifiée à un niveau globalisant, et on est arrivé à une centaine de millions de tonnes dans les années 1975. C’était le maximum qu’on pouvait atteindre.

Ruth Stégassy : Ce tournant des années 1950, cette conférence de Rome, elle marque deux choses qui me paraissent importantes : d’une part, ça s’est fait contre les pays du Sud, et de très peu (18 voix contre 17). C’est le moment où on décide à un niveau mondial de s’occuper de la gestion des pêches ; et de fait, les pays du Nord en profitent pour s’arroger le droit plein d’aller pêcher dans les pays du Sud, puisque les stocks commençaient à donner des signes de faiblesse, dans les mers qui avaient été pêchées jusque là. Ca marque aussi que les calculs mathématiques, qui ont été d’ailleurs extrêmement présents dans toute cette histoire des pêcheries, étaient très beau, il y avait juste une petite erreur du modèle, que personne n’a vue : c’est qu’on ne s’est pas intéressé à l’époque la ressource (les poissons), on s’est intéressé aux prédateurs. Et en fait, ce très beau modèle, c’était un modèle de gestion des pêcheurs, mais non pas de gestion des poissons.

Philippe Cury : Oui. Ce modèle contenait aussi une chose forte : c’était qu’on ne gérerait les ressources que lorsqu’on aurait atteint ce point qui était un point de surexploitation. C’était un engouement formidable pour la première théorisation mathématique. C’est vrai qu’il a été optimiste, parce qu’on a pris des équations mathématiques, en ayant une vision un petit peu optimiste de la nature, en se disant quand on exploite, les populations auront tendance à revenir avec une énergie forte. Et même les gens qui ont produit ces modèles mathématiques se sont interrogé 30 ou 40 ans plus tard sur la valeur intrinsèque de cette notion de base utilisée dans tous les modèles dynamiques de population, que nous écologistes on utilise encore tous les jours. Donc c’est une interrogation sur cette modélisation mathématique, qui ne reflète pas forcément la façon dont la nature répond à l’exploitation. Donc il y a eu deux erreurs historiques : une confiance un peu trop forte dans la modélisation ; et en même temps de croire qu’on commencerait à gérer lorsqu’il y aurait des problèmes. Et on voit bien que les problèmes, c’est les conflits, les crises. Et ça, on en pleut plus gérer.

Ruth Stégassy : C’est aussi le moment, Yves Miserey, où la planète s’est partagé le globe. Elle s’est partagé les océans, en décidant que de fait, ils appartenaient encore plus à tout le monde qu’avant. Mais tout le monde, c’était, comme par hasard, les plus forts.

Yves Miserey : La pêche est organisée en différentes organisations régionales des grandes zones océaniques. Et on voit bien qu’à l’intérieur de ces organisations, il y a comme toujours des scientifiques qui produisent des prescriptions, des modèles, etc. Et en fait, les négociations sont des négociations de bout de chandelle, où chaque pays essaye de pêcher toujours plus. Il y a eu malgré tout un virage, lors de la réunion de Monté Gobé : des Etats pêcheurs, voyaient leurs ressources diminuer. Par exemple, l’Islande dépendait beaucoup de la pêche, et voyait la flotte anglaise qui venait pour pêcher autant qu’eux. Donc des pays comme le Canada ou l’Islande ont finalement apporté une vraie révolution : ils ont étendu leurs zones économiques de pêche. Donc on s’est aperçu à ce moment là que ça devenait une source de propriétés. Et est-ce que quand un pays est propriétaire de son territoire de pêche, est-ce pour autant que ça se passe mieux ? L’exemple de la morue a montré que ce n’était pas vrai. Puisqu’en s’appropriant les zones de Terre-Neuve, le Canada altère des contributeurs importants de l’effondrement des morues de Terre Neuve. On voit donc que l’échec est total à tous points de vue : les zones économiques, ça ne marche pas ; les organisations régionales des pêches, ça ne marche pas. Et le phénomène d’appropriation continue, même au niveau européen. C’est quand même quelque chose d’assez troublant. En France, régulièrement on parle des quotas, etc. Est-ce qu’on sait que l’Europe est en train d’acheter des droits de pêche le long des côtes africaines ? Elle est en train de vider de ses ressources les pays côtiers, qui ont largement besoin de ces ressources. Donc on a vraiment l’impression que l’appropriation que la pêche a déclenchée ; la mécanique infernale, qui s’est éveillée à partir des 12-13 ème siècles, en Europe Occidentale, a tout gagné. Et on ne sort pas de cette logique. Alors, exploitation, appropriation. La conservation elle-même, paraît quelque chose qui est en deçà de ce qu’on attend. Ca veut dire installer certaines réserves, là où les poissons peuvent se reproduire. Mais on sait qu’effectivement, ça peut avoir un effet positif ; mais si les choses ne sont pas mises sur la table autrement, à la fin du livre quand nous avons terminé, j’étais extrêmement ébranlé. Je me disais : mais c’est sûr, Brown ne se trompe pas, d’ici 50 ans, l’océan aura été complètement pillé. Il faut penser ce problème de la pêche en des termes différents, et c’est pour ça qu’à la fin, on a évoqué cette formule : il faut décoloniser la mer. Alors quand on voit les problèmes que ça pose déjà pour la décolonisation en Afrique ou ailleurs, décoloniser la mer… C’est difficile de parler d’un territoire dans la mer. Décoloniser une zone qui n’appartient à personne, je pense que l’on est très mal parti.

Ruth Stégassy : Décoloniser la mer, c’est d’autant plus difficile que – vous le rappelez dans votre livre – la mer est le lieu idéal : sous l’eau, on ne sait pas ce qui se passe, on ne voit rien. Et de fait, c’est aussi la très grande méconnaissance des systèmes marins qui est une des grandes explications de cet acharnement et de cette erreur historique qui risque de nous conduire à vider les océans, à en faire des déserts liquides totalement stériles.

Philippe Cury : Les conséquences de la surexploitation vont presque au delà des conséquences du changement climatique. On a longtemps pensé qu’il suffisait d’arrêter de pêcher pour que les stocks se reconstituent. Et une perception très récente qu’on a, du point de vue scientifique, c’est qu’on observe des changements de régime dans les écosystèmes, quand on surexploite certaines espèces : les écosystèmes vont fonctionner de façon complètement différente, et de manière durable. Donc, il ne faut pas croire à cette réversibilité des écosystèmes, qu’on prétendrait vouloir en réduisant la surexploitation.

Ruth Stégassy : Mais d’ailleurs, on peut tout à fait comparer ce qui se passe dans les océans avec ce qui se passe avec la déforestation. C’est un peut la même erreur qui consisterait à croire qu’on peut détruire une forêt primaire, et que la forêt qui va revenir derrière sera également une forêt primaire. On sait très bien que ce qui se passe, c’est une forme de végétation qui n’a rien à voir, et qui est bien plus pauvre.

Philippe Cury : Alors je vais vous donner un exemple. La Namibie, avec la Padouine, est une zone extrêmement productive, une des plus riches du monde. La Padouine est une zone côtière, avec des remontées d’eaux profondes. Il y a très peu de zones comme cela au niveau mondial, mais c’est celle qui donne les principaux apports en poissons. Dans cette zone de Namibie, on a pêché jusqu’à 1,5 million de tonnes de sardines, beaucoup d’anchois, beaucoup de merlus. On a surexploité ces espèces. Ces espèces, notamment la sardine et les anchois, ont disparu. Aujourd’hui, on a des méduses dans l’écosystème Et les derniers recensements faits en Namibie montrent qu’on a 12 millions de méduses. Cela veut dire que les pêcheurs sont empêtrés dans les méduses. Et il y a l’émergence non seulement de méduses, mais de petits poissons. Ce sont de gobis, ces petits poissons de fond, qui sont mangés par les mammifères marins, mais qui ne se portent pas bien, parce que ce n’est pas l’aliment qu’ils préfèrent. Donc tout un écosystème est complètement perturbé, et qui est devenu improductif pour la pêche.

Ruth Stégassy : Il y a aussi la baie de Chesterpeak, et toutes ces zones qui sont des zones mortes dans les océans.

Philippe Cury : La baie de Chesterpeak, c’était une zone extrêmement productive en poissons, mais aussi en mollusques. C’étaient des bancs d’huîtres, qu’on a exploité comme on exploite une mine de charbon. Aujourd’hui, on a passé un filet dans le fond des océans. On a amené de la boue, des huîtres malades, et quelques petits poissons qui pondaient. Et l’eau limpide que proposait cet écosystème bien sûr, est devenue une eau noirâtre. C’est donc un système improductif.

Ruth Stégassy : Pendant ce temps là, je parlais de la méconnaissance des écosystèmes marins, mais il y a en même temps la connaissance assez fine, par les pêcheurs, du comportement des poissons. Mais cette connaissance, malheureusement, leur sert aussi à améliorer la pêche.

Philippe Cury : Alors c’est vrai que toutes nos connaissances technologiques, et de comportement du poisson, servent à les capturer. Et on peut comparer l’efficacité d’un bateau d’il y a 20 ans - comme un bateau qui entoure les poissons pélagiques comme les thons – à aujourd’hui : elle a augmenté d’un rapport 8. Pourquoi ? Ca maintenant, on a des dispositifs de concentration de poissons. Ce sont des morceaux de filets, des bidons d’huiles, qu’on met dans l’océan. Et d’une façon éthologique, le poisson a tendance à se regrouper sous des structures qui flottent. Autrefois, c’était peut-être des morceaux de bois qui étaient à la dérive. Mais maintenant, on utilise ces dispositifs de concentration de poissons. On en met des milliers dans les océans, et ça vient agréger le poisson. Donc voilà encore une technique qui permet un accroissement de la pêche. On a quand même quelques inquiétudes, car ça modifie la migration des poissons, et aussi leur alimentation. Ce sont des choses qu’on quantifie, bien que ce soit difficile à quantifier. Mais toute cette technologie est toujours mise au service d’une capture, qu’on veut toujours améliorer. Et l’abondance diminue.

Ruth Stégassy : On utilise aussi ce qu’on sait du retour au bercail des poissons, ce qu’on sait de leurs besoins respiratoires.

Philippe Cury : La nature est faite de plein d’inertie. Chacun a ses habitudes. Comme nous qui rentrons chez nous tous les soirs, pour les poissons c’est pareil : ils ont des habitudes très précises. Un animal qui pourrait paraître robuste, extrêmement fort, comme le thon rouge, qui fait 3 m de long et presque des fois 700 kg, a une habitude : il va pondre à une période extrêmement précise dans des zones bien définies, devant les Baléares, en Namibie, en se regroupant. Donc il est évident qu’il suffit d’être là à ce moment là, de les repérer soit avec des sonars, soit avec des avions, pour les capturer. Donc la nature n’a pas prévu ce déballage de technologie, qui permet de repérer n’importe quel poisson avec une efficacité redoutable.

Ruth Stégassy : Je pense que finalement, ce qui est le plus troublant à la lecture de votre ouvrage, c’est de comprendre à quel point les trésors d’intelligence déployés par les humains peuvent être aussi destructeurs qu’ils pourraient être utiles. On a le sentiment qu’au fur et à mesure que la science, les découvertes, avancent, très souvent, ça sert à davantage de destructions. Et dans le même temps, on ne peut pas s’empêcher d’être émerveillé et fasciné par toutes les découvertes, par toutes les avancées, par toutes les compréhensions. Comment avez-vous ressenti cela ?

Philippe Cury : C’est vrai qu’aujourd’hui, on va être obligé de changer ce mode de la pêche, de l’exploitation des ressources. Et pour la première fois, on a une vision collective. Une vision, ce n’est pas péjoratif, parce que c’est la seule façon de changer le monde. Et cette vision collective, c’est l’approche écosystémique des pêches. Et pour la première fois dans notre société, on prétend réconcilier exploitation et conservation. C’est aussi utiliser la technologie, peut-être pas seulement pour repérer le poisson, mais pour le protéger. Il y a une formule : le pêcheur va devoir trier plus sur le fond que sur le pont. Donc cette vision, c’est une vision collective. Et ce qui est important, c’est que même si elle n’est pas mise en œuvre vraiment dans de nombreux pays, dans l’aménagement des pêches, cette vision est partagée au niveau international, puisque même les Nations Unies ont dit qu’en 2010, il faudrait mettre en œuvre dans les différentes pêcheries cette approche écosystémique. Donc c’est tout un état d’esprit complètement nouveau, un nouveau paradigme, qui va essayer de concilier cette conservation et cette exploitation.

Ruth Stégassy : Yves Miserey, j’hésite à bous laisser le dernier mot, parce que je vous sens plus pessimiste.

Yves Miserey : Non. Si vous voulez, moi j’ai été très intéressé par tout ce que Philippe explique : l’approche écosystémique des pêches. Mais j’ai le sentiment que malgré tout, à la lumière de toute cette histoire de la pêche, il faut se réapproprier cette histoire, et que tous les problèmes écologiques, que ce soit la pêche, que ce soit le climat, il faut revenir à ce qui s’est passé. Tout cela a une histoire ; ça ne nous tombe pas dessus aujourd’hui. Une publication est sortie récemment, qui compare les déclarations, les débats au Congrès américain sur le réchauffement climatique et sur l’abolition de l’esclavage. Le chercheur fait exactement un parallèle, en disant : les résistances sont les mêmes. Donc il faut voir que le problème actuel, c’est un problème que tout le monde a à endosser. Ce ne sont pas les pêcheurs qui sont les coupables ; nous sommes tous sur le même pont. Et arriver à ce résultat, cette espèce de partage, c’est quelque chose qui est fondamental, mais qui ne peut pas se produire, parce qu’il y a de telles inégalités qu’on n’est pas sur même pont. Et on voit bien que sur la pêche, ce problème est devant nous. Donc comment arriver à partager quelque chose qui nous est arrivé, et le scandale, c’est qu’il n’y avait pas de partage, et qu’il n’y avait pas non plus de frein et de limite. Où va-t-on ? J’ai du mal à être optimiste. Je vois ce qu’il faut faire. J’ai le sentiment que c’est à la fois une histoire d’éducation ; il faut faire une sorte de retour en arrière. C’est à la fois dans les écoles, mais aussi au niveau politique : les débats politiques sur la pêche sont inexistants. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas pris le chemin vers lequel on doit se tourner. On est arrivé dans le mur. Alors comment on fait ? Il faut tout réviser, c’est ce que j’aurais tendance à dire.

 

Commentaires

Une mer sans poissons - le 10/11/2008 à 12:02

Bonjour, Juste pour vous indiquer que cette émission a été signalée et « localisée » thématiquement dans le cadre de notre projet expérimental "CartoDD/Initiatives 21" voir ce lien

Cordialement kollektor@cartodd.org

 

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